La vie étant une maladie sexuellement transmissible et toujours mortelle, des milliers et des milliers d’êtres humains disparaissent chaque jour*. La mort est une fatalité scandaleuse, mais c’est ainsi.
Les morts accidentelles sont des morts illégitimes car elles interrompent prématurément le cours d’une vie sans qu’elle ait épuisé son potentiel. Outre les interruptions volontaires par suicide, ce sont celles où la mort est provoquée par une rencontre traumatisante imprévisible, fruit d’une coïncidence chronologique fatale.
Les morts du terrorisme font partie de cette dernière catégorie. Ce sont des personnes qui meurent parce que présentes en un lieu donné à une heure précise.
Les trois morts et les blessés de Londres font la « une » des journaux avec des titres dramatiques (« terreur sur Londres »). On parle évidemment de la « voiture folle » qui fauche des passants sur le pont de Westminster alors qu’il s’agit d’un illuminé conduisant une voiture pour tuer. Une personne ivre et/ou droguée qui prend néanmoins sa voiture peut également faucher un groupe des personnes attendant sur un trottoir et aboutir au même résultat que le terroriste illuminé.
Au moment même où s’est produit cet acte criminel de Londres, beaucoup plus de piétons sont morts renversés par des voitures à travers le monde (on en déplore plusieurs milliers par an en Europe), et bien entendu à l’heure de cet attentat, bien plus de vies ont été fauchées de façon criminelle ou du fait de combats guerriers.
Nous sommes les alliés objectifs des terroristes en donnant à leurs actes un retentissement médiatique disproportionné lorsqu’il ne s’agit pas d’une tuerie de masse.
Les morts n’ont pas la même importance. Pourquoi un mort par terrorisme serait-il plus important qu’un autre ? En raison de la cause ? Sans doute, mais là est l’erreur. Chacun d’entre nous a plus de risque de mourir par un accident de la circulation que de la main d’un terroriste, et pourtant le terroriste instille plus de peur que la circulation. C’est son but et nous contribuons à sa réussite.
En réalité, ne devrait-on pas considérer l’attentat de Londres par sa dimension que comme un fait divers ? Les fous, religieux ou non, fanatiques ou pas, courent les rues et il faut savoir que les rencontrer peut s’avérer fatal.
* Environ 160000