Des champs bien labourés
Nous baignons dans les champs électromagnétiques (CEM) d’origine multiple : radio, micro-ondes, téléphones portables, wi-fi… dont nous ignorons la nocivité réelle, mais jusqu’à présent elle n’a jamais été mise en évidence. Cependant, des gens se plaignent (et c’est une souffrance réelle) d’être « électro-sensibles » et de ressentir des troubles difficiles à cerner en raison même de leur profusion puisque 55 symptômes différents ont été recensés dans une étude en 2005, mais également de leur nature subjective, allant des sensations de picotements aux vertiges en passant, bien sûr, par la lassitude. 46 études portant sur 1175 volontaires n’ont pas permis d’établir un lien entre ces symptômes et les CEM, et dans certaines d’entre elles, les mêmes troubles ont été provoqués par des expositions simulées (effet nocebo).
Une croyance ne peut être niée
Le 14 février dernier un séminaire (le chiffres précédents sont tirés de son compte-rendu dans le Journal International de Médecine) a été organisé par trois facultés de médecine parisiennes où l’on a présenté le protocole d’une nouvelle étude hospitalière multicentrique avec mise sur pied de consultations pour les « électro-sensibles ». Ceux-ci se sentent manifestement incompris puisque certains vont même jusqu’à traiter les spécialistes qui concluent à l’absence de nocivité des champs électromagnétiques de « négationnistes » !
Des représentants des « électro-sensibles » étaient présents lors de ce séminaire et alors même que l’étude n’est qu’à l’état de projet, ils ont suggéré qu’ils remettraient en doute ses résultats futurs, arguant que tous les champs magnétiques ne seront pas testés avec un seul dosimètre et déniant toute dimension psychologique à leur maladie. L’un a même soulevé le soupçon d’un conflit d’intérêt qui lierait l’Assistance publique des hôpitaux de Paris à EDF.
Exorcisme scientifique ?
A l’inverse des médecins se sont demandé si l’organisation de consultations spécifiques ne va pas conforter les patients dans l’idée qu’il existe bien un lien entre leurs troubles et les CEMet l’un d’eux l’a exprimé de cette façon : « Pour utiliser une comparaison historique (et audacieuse), l'électro-sensibilité n'est-elle pas un avatar moderne de la possession démoniaque et l'ouverture de consultations spécifiques au cours desquelles on tente de mesurer les ondes néfastes n'est-elle pas une réponse à cette pathologie mentale du même ordre que l'utilisation de l'exorcisme pour combattre les possessions démoniaques ».
Quoi qu’il en soit, toute la population est soumise aux CEM et ne ressent aucun symptôme pour sa très grande majorité. Une petite minorité est-elle particulièrement et physiquement sensible à ces ondes ou les personnes qui la composent ont-elles un terrain psychologique susceptible d’expliquer leurs troubles et qu’elles préfèrent attribuer à l’environnement plutôt qu’à elles-mêmes ? Attribuer à autrui ses propres faiblesses étant une tendance humaine que l’on retrouve dans tous les domaines.