Depuis que je fréquente ces animaux domestiques que sont les ordinateurs,
c’est la première fois que l’un d’eux se brise sous mes yeux incrédules, alors que je ne levais la main sur lui que pour tapoter son échine. Il s’agit seulement du cadre, mais c’était un cadre
dynamique, accroché au portable et qui subissait le stress des montées pour gravir l’écran et la dépression des descentes pour s’éteindre.
La mort dans l’âme (et au portefeuille), j’ai du remplacer ce compagnon quotidien auquel j’avais fini par m’habituer, après l’avoir apprivoisé malgré ses sautes d’humeur incompréhensibles.
Je me suis donc rendu dans une vaste garderie où j’ai défilé, perplexe, devant ses congénères plus jeunes qui clignaient de l’écran pour m’attirer à eux. C’étaient toutes des bêtes de course avec de grosses têtes et des disques sans frein. J’ai choisi le spécimen le moins prétentieux comme animal de compagnie en étant obligé de le prendre avec les entrailles les plus récentes, celles que je connaissais n’étant plus de ce monde.
Plus que pour les anciens, celui-là (de la race windows 8) me donna du fil à retordre pour le
dresser car bien différent des autres. Les races du passé étaient plutôt simples à manipuler, pas celle-là, une prise en main difficile au premier abord, plus de gestes à faire qu’auparavant, des
pelages successifs à soulever, se masquant les uns les autres. Mais on a fini par s’habituer l’un à l’autre et à présent la bête semble filer doux (je l’espère). J’ai tout de même eu une
inquiétude au départ lorsque je me suis aperçu qu’il n’y
avait pas…de boîte aux lettres. Dans quelle gueule mettre le courrier et comment pourrait-elle aboyer ? A plusieurs reprises j’ai du m’entretenir avec un robot, sympathique mais un peu
limité dans sa conversation, pour faire appel à des maîtres qui avaient chacun une vision différente de la bête. La solution était évidemment plus complexe que par la passé : il fallait
d’abord se mettre sous la coupe du grand dresseur du nom de Microsoft, créer un compte chez lui, puis une boite aux lettres sous sa dépendance, mais pour conserver son adresse, créer une autre
boite à partir de la précédente. On n’arrête pas le progrès : pourquoi faire simple si l’on peut faire compliqué ?
Et bonjour chez vous comme dirait le bon Pangloss.