Le poil malgré sa faible épaisseur semble occuper une grande place dans les pratiques religieuses. Après le sexe, la pilosité est probablement la partie du corps qui préoccupe le plus les religions. Mais alors que leur attitude vis-à-vis du sexe est pratiquement unanime : le réserver à la procréation ou même le condamner jusqu’à s’en dispenser (en théorie) pour les prêtres catholiques, le poil a une curieuse valeur symbolique, mais aux variations déroutantes pour une personne sensée.
Pour les hommes : le sikhisme impose la barbe et les cheveux longs mais enturbannés, les juifs religieux se couvrent la tête dans la crainte, sans doute, que le ciel leur tombe dessus, les prêtres orthodoxes portent la barbe dans leur volonté de partager celle du Christ (dont ils ne font que supposer l’apparence) et en affichant leur mépris des soins jugés frivoles du rasage. Bien que croyant au même Dieu, les moines catholiques du Moyen Âge arboraient une tonsure en marque d’humilité et laissaient la peau glabre dans un souci de pureté et d’innocence, considérant la barbe comme une marque de bestialité. Ce qui nous amène aux islamistes radicaux pour qui la barbe semble être une preuve de virilité, ce qui n’est pas inutile si l’on doit satisfaire plusieurs femmes.
Pour les femmes : si les chrétiens masquent uniquement les cheveux de leurs religieuses, les juives ultra-orthodoxes se rasent volontiers la tête pour la recouvrir d’un fichu ou d’une perruque et les musulmanes portent le voile de préférence noir pour bien marquer le deuil de leur liberté, leur féminité ne devant servir qu’à satisfaire l’homme et à procréer, sans provoquer ses désirs brûlants dans l’espace public.
On voit que les intégristes masculins se réservent le droit de montrer leurs poils céphaliques et obligent les femmes à masquer leur belle chevelure contre laquelle la leur ne ferait pas le poids, même en arborant une chevelure à l’envers à la pointe du menton. Pure jalousie, car on ne sait pour quelle raison Dieu s’offenserait de la beauté de la femme puisque c’est Lui qui l’a ainsi créée. Je crois même qu’Il doit s’offenser de voir sa création recouverte comme si elle était imparfaite. Recouvrir la femme, ne serait-ce que la tête, devrait être considéré comme un blasphème.
Pierre Auguste Renoir : « Jeune fille peignant ses cheveux »