En Allemagne, le tribunal de grande instance de Cologne vient d’interdire la circoncision d’un enfant pour motif religieux en estimant que « le corps d’un enfant était modifié durablement et de manière irréparable par la circoncision […] Cette modification est contraire à l’intérêt de l’enfant qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse ». La circoncision devenant une blessure corporelle, elle est passible d’une condamnation, elle ne serait licite que pour des motifs médicaux [heureusement].
Que
l’on soit pour ou contre la circoncision, qu’on lui trouve des avantages ou des inconvénients, selon l'Organisation mondiale de la Santé, 30 % des garçons de plus de 15 ans dans le monde sont
circoncis. Pratique très ancienne, elle a précédée l’apparition des Hébreux et du Judaïsme dans l’histoire et sa répartition géographique dépasse largement le Moyen-Orient. Quel que soit le motif
invoqué pour pratiquer cette petite chirurgie (rituel religieux ou non), il me semble que dans le passé lointain la prévention du phimosis ou du paraphimosis devait être suffisante pour favoriser
cette pratique avant la puberté étant donné l’importance que revêt la sexualité mâle dans toutes les peuplades (si on me demande la preuve d’une telle affirmation, je ne suis pas disponible pour
le moment).
La décision du tribunal de Cologne a soulevé de vives protestations de la part du Conseil central des juifs d’Allemagne en estimant qu’il s’agissait là « d’une intervention gravissime et sans précédent dans les prérogatives des communautés religieuses » et « Le jugement de Cologne est une grave atteinte à la liberté religieuse », a réagi le Conseil de coordination des musulmans en Allemagne (KRM) dans un communiqué. Les instances catholiques et protestantes vont dans le même sens. On voit que quand on touche à une de leur pratique, les religions sont unies, alors qu’elles n’ont pas cessé de se massacrer et qu’elles continuent à le faire.
Si la circoncision est répandue mais pas obligatoire chez les musulmans, elle l’est dans le Judaïsme (et les raisons invoquées ne manquent pas pour justifier le sacrifice du prépuce) et a largement contribué à la pérennisation du peuple juif à travers le temps (mais comme signe d’appartenance, il est un peu galvaudé). On comprend la réaction, mais j’avoue que les motifs avancés dans cette protestation ne manquent pas de sel. La circoncision serait une « prérogative des communautés religieuses », en vertu de quoi ? Accordée par Dieu, sans doute, ce qui clôt le débat, Dieu ne pouvant pas se défendre. « Une grave atteinte à la liberté religieuse », alors que justement la liberté du garçon n’est pas respectée si celle des parents l’est (on pourrait dire la même chose du baptême, mais il ne comporte aucune marque corporelle). Le tribunal de Cologne a envoyé un sacré pavé dans la mare des religions, mais le jugement parle de modification irréparable, ce qui n’est pas exact.
Rubens : « Circoncision de Jésus »