7 Janvier 2013
Lorsqu’on termine la lecture d’un essai, on se pose la question de savoir ce qu’il est bon d’en retenir. Pour Alain Minc c’est simple : il n’y a en général qu’une seule idée qui pourrait être développée sur une seule page et dont les variations occupent un livre entier (ce qui, comme en musique, nécessite du talent).
Je viens de terminer « Après la démocratie » d’Emmanuel Todd. Le titre ne correspond qu’aux dernières pages du livre et tout en appréciant les données démographiques exposées, je n’ai pas compris ce qu’elles veulent prouver et de quelle façon elles expliqueraient la situation actuelle : l’élection d’un président de la République inculte et vulgaire (selon l’auteur), les effets néfastes de la globalisation économique, et la nécessité pour lui d’un protectionnisme européen (dont les modalités et les conséquences sont à peine ébauchées)
Hier dans le métro parisien un homme a dit à peu près la même chose. Il est monté à la station « Invalides » et devant des têtes multicolores allant du blanc scandinave au noir africain en passant par toutes les nuances du rose et du brun, presque toutes avec des cordons dans les oreilles, il a commencé à parler d’une voix forte pour couvrir le bruit de la rame, passer le barrage des bouchons auriculaires et s’immiscer dans les magmas musicaux individuels. Et que disait cet homme de la cinquantaine ? Qu’il était au chômage et qu’il aimerait bien qu’on lui donne un ticket-restaurant ou une pièce pour pouvoir manger, dormir au chaud et se tenir propre. Après avoir traversé la longueur du wagon en vain et sans tirer sur les cordons, il a conclu avant de partir qu’il en était là par la faute de l’économie mondialisée, bon prétexte pour licencier des gens comme lui.
Cet homme m’a paru plus convaincant qu’Emmanuel Todd, avec tout le respect que je dois à ce dernier.