7 Janvier 2013
La première fois où je suis allé à Venise, il y a longtemps, quand j’étais jeune (est-ce possible ?), je m’y suis
rendu à bord d’une 2 CV, celle à petite cylindrée (375 cm2, je crois), celle où la demi vitre maintenue ouverte par un bitoniau enfoncé dans un bouton de caoutchouc tombait régulièrement sur le
coude, celle où pour doubler un poids lourd sur une nationale, il fallait s’y reprendre à plusieurs fois, l’accélérateur au plancher, attendre de préférence une descente, le vent arrière et le
signe amical de la main du chauffeur qui vous permettait de le dépasser en ralentissant un peu ( les autoroutes n’existaient pas encore, est-ce possible ?).
Pour arriver à Venise on franchit évidemment un grand pont et ce pont aboutit à une place parfaitement circulaire. Arrivé sur la place, ma 2 CV oscillante était la seule voiture. Je fis le tour de la place sans voir de rues accessibles, je fis trois fois le tour de la place sans pouvoir en sortir. J’avisai alors un agent de police superbement vêtu de blanc qui, perplexe, me regardait tourner et lui demandai : « comment entre-t-on dans Venise ? » et il me répondit : « on n’entre pas dans Venise, il n’y a pas de voitures, il faut vous garer à l’extérieur de la ville ».
J’ai su alors que j’aimerai cette ville.
La seule fois où je suis allé à Los Angeles, une ville immense faite essentiellement d’autoroutes, je suis sorti de mon hôtel pour me promener. Une idée absurde. Le trottoir était si peu large que deux piétons ne pouvaient pas s’y croiser. Ce qui n’avait aucune d’importance car à perte de vue j’étais la seule personne qui marchait à pied. Les voitures défilaient sur la chaussée et les conducteurs ralentissaient un peu à mon niveau en me jetant des regards surpris, intrigués ou narquois.
J’ai su alors que je n’aimerai pas cette ville.