7 Janvier 2013
Alain disait : "Le pessimisme est d'humeur; l'optimisme est de
volonté" (Propos sur le bonheur). Ce qui veut dire que spontanément notre humeur nous pousserait à être pessimiste, ce qui n’est pas illogique car chacun sait que la vie se termine toujours mal, mais il suggère que l’optimisme peut être obtenu sur commande.
« Les hommes auraient passé leur vie, auparavant dans des cavernes à attendre, oisifs et moroses, leur mort, (…) mais, dès qu’on leur eut retiré la connaissance de l’heure de leur mort, l’espoir naquit en eux ; les hommes s’éveillèrent alors et se mirent à transformer leur monde en un monde habitable » (Eschyle, Prométhée). Au temps présent (Tp), on ne connait pas le temps de la fin (Tf). Bien sûr, on en a une petite idée, mais de façon approximative et c’est cette marge assez large d’approximation qui peut permettre l’optimisme.
Le temps Tp - Tf peut être franchi soit avec le sourire, soit avec un rictus. Dans la réalité, sourire et rictus alternent mais plus on se rapproche de Tf plus le rictus est fréquent.
En médecine, la question s’est posée de savoir si l’optimisme, où le sourire prédomine, permet de retarder Tf par rapport à une attitude cynique plus ou moins hostile où le rictus prédomine. Des auteurs[1] se sont penchés sur cette question délicate en suivant pendant huit années 97 253 femmes ménopausées, exemptes au départ de maladies cardiovasculaires ou de cancer. Pourquoi uniquement des femmes ? Parce que les auteurs les avaient sous la main (étude WHI sur l’effet du traitement hormonal de la ménopause). Le profil psychosocial a été évalué par des échelles et des questionnaires par ailleurs validés et les risques relatifs ajustés (notamment pour l’âge).
Et bien les plus optimistes ont eu moins de maladies coronaires et la mortalité globale a été plus basse, la tendance était inverse (notamment pour la mortalité par cancer) pour les plus « cyniques ».
Bien sûr, ce n’est qu’une étude qui demande à être confirmée et on peut se demander quels sont les déterminants du profil optimiste ou pessimiste.
Mais quoi qu’il en soit : sourire de coûte rien et peut rapporter gros.
[1] Tindle HA et coll. : Optimism, Cynical Hostility, and Incident Coronary Heart Disease and Mortality in the Women's Health Initiative. Circulation 2009; 120: 656-662.