Grande animation dans les rues du centre. Le soir les terrasses débordent sur les chaussées étroites. La semaine précédente était sainte, cette foule devait se presser le long des multiples cortèges qui fêtaient avec ferveur la torture d’un homme devenu Dieu par sa résurrection provisoire.
La dévotion au catholicisme s’exprime partout dans la ville. Beaucoup de noms de rue font référence à la religion, la gagnante est sans doute la Vierge Marie, mère juive ayant bénéficié de la notoriété de son fils, qui, par l’opération du Saint-Esprit, est également son Père.
La cathédrale est évidemment une des plus grandes du monde. Elle est
massive, impressionnante (c’était le but) mais sans harmonie. Le plus élégant est la Giralda, une tour de près de cent mètres, ancien minaret de l’ancienne mosquée dont le sommet est accessible
par un plan incliné qui permettait au muezzin d’y monter à cheval et aux touristes d’y parvenir à pied sans trop d’effort (grâce soit rendue à l’architecte arabe pour sa
prévenance).
L’intérieur dégouline de richesses et de dorures. Tout est massif et surchargé, mais grandiose. Ce n’est pas seulement le cas de la cathédrale. Les églises et les chapelles existent à chaque coin de rue, parfois l’une en face de l’autre ou l’une à côté de l’autre. Quand on entre dans l’une d’elles, l’autel brille, écrasé par les ors et les ornements destinés à impressionner les fidèles. On peut tout de même s’étonner du contraste entre la nature du christianisme qui prônait la simplicité, le détachement des biens de ce monde et l’étalage un tantinet indécent de la richesse dans les lieux de culte.
Le musée des beaux arts est le pendant artistique de cette dévotion. Ses collections proviennent essentiellement des couvents et des monastères. On y trouve des grands noms : Lucas Cranach, Murillo, Zurbaran, Bruegel, Vélasquez, Goya, mais tous les sujets des tableaux sont évidemment religieux : calvaire, sang, crâne sont les favoris et cerise sur le gâteau, une tête coupée de Saint Jean-Baptiste dans une boîte en verre, la tranche du cou digne d’une planche anatomique. On peut tout de même s’étonner que le Christianisme qui prône l’amour du prochain soit aussi morbide avec un goût prononcé pour la mort, la torture, le sang et les fragments humains. Pendant la semaine sainte, aux Philippines, une centaine de personnes se sont flagellées et 27 se sont fait crucifier !
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