Dans l’article précédent, j’ai mis en ligne un poème de Ronsard où il engageait une belle à l’aimer avant que sa beauté s’en aille et que la mort vienne.
Les Chinois répondent à leur façon au poète des
princes et au prince des poètes en montrant que la mort peut réunir un couple et non le séparer. En effet, si un membre d’une famille chinoise meurt
prématurément en restant célibataire, une tradition vieille de 3000 ans, surtout répandue dans le nord de la Chine, engage à lui chercher un conjoint aussi mort que lui avec lequel il pourra être
enterré tout en convolant en des noces post-mortem, donnant l’occasion d’une double cérémonie : le mariage de fantômes. Les fantômes n’étant plus solitaires, la famille peut renouer avec la
bonne fortune. Encore faut-il trouver un conjoint adéquat dont le prix peut être élevé pour des paysans modestes. Une jeune fille morte qui n’avait jamais rencontré son « époux » a été
achetée pour l’équivalent de 4200 euros, mais des pilleurs de tombes ont rapidement profané sa sépulture et son corps revendu pour un autre mariage de fantômes dans une autre province. Cependant,
cette triste histoire se termine bien car le corps dérobé a été retrouvé et rendu à son « époux » légitime. Le prix des dépouilles féminines fraiches ne cessent de grimper, suscitant
des vocations de pilleurs de tombes organisés en réseaux dans le commerce lucratif de cadavres. Ce qui nous entraîne bien loin de la poésie. [The Economist, Londres]
Zao Wou-ki : « Nu debout »