20 Septembre 2018
Chaque année le comité des « Ig Nobel » récompense à l’université de Harvard des travaux, sans conteste scientifiques, mais dont les sujets paraissent au premier abord (et même au second) farfelus. En ce domaine, on ne se lasse jamais de l’imagination des chercheurs.
De la cuvée 2018 on note en particulier : l’intérêt (positif) des montagnes russes pour l’évacuation des calculs rénaux, la preuve que les chimpanzés des zoos imitent les visiteurs comme ces derniers imitent les premiers, le fait qu’une mouche drosophile femelle tombée dans un verre de bon vin en gâche le goût, l’efficacité de la salive humaine pour nettoyer les surfaces sales, un article intitulé « la vie est trop courte pour lire le putain de manuel » montrant, en effet, que les manuels d‘utilisation ne sont pas lus, une étude qui s’est penchée sur les causes et conséquences des cris et insultes au volant, un travail international évaluant « l'efficacité, pour évacuer le stress, de se venger du comportement d'un patron tyrannique en torturant une poupée vaudou à son effigie ».
Par contre, je trouve discutables les conclusions des travaux du britannique James Cole montrant que le régime alimentaire du cannibalisme, dont les paléontologues ont trouvé des traces, étant moins calorique que l’apport nutritif des animaux que les premiers humains pouvaient chasser, et qu’en conséquence : les pratiques cannibales auraient des motivations symboliques ou faisaient partie d’un rituel, plutôt qu’un intérêt alimentaire.
Bien sûr, il semble probable que manger son ennemi devait être satisfaisant pour le moral du vainqueur mais je trouve que l’argument calorique pour le démontrer est sujet à caution :
D’abord, parce je doute que les premiers hommes, et j’ajouterais les premières femmes pour que l’on ne m’accuse pas de sexisme, d’autant plus que si l’on se réfère aux temps modernes ce sont les femmes qui ont davantage tendance à calculer les calories absorbées, mais il s’agit là, à coup sûr, d’un stéréotype qui n’avait pas encore été imposé à l’époque, je doute donc que les premiers êtres humains (c’est plus sûr) aient eu la faculté de préciser et de comparer le nombre de calories apportées par un steak de mammouth par rapport à celui qu'apporte un steak humain (qu’il soit masculin ou féminin).
Ensuite, je ne vois pas pourquoi ayant de la viande humaine sous la main, le valeureux guerrier (ou guerrière ?) irait se décarcasser à se confronter à un mammouth pour se nourrir.
Enfin, rien ne dit que la chair humaine à l’époque n’était pas appréciée, simplement, pour son goût, et pouvait être considérée comme un met de choix, notamment le cerveau qui, d’après des études ayant évalué la richesse calorique de chacun de nos morceaux, serait l’organe le plus riche, même débarrassé de ses lourdes pensées.
Il me semble donc que les conclusions de James Cole sont un peu hâtives, peut-être parce qu’il est réticent, par humanisme, à considérer que l’homme est un animal comme un autre, même à l’état brut.
Illustration par Goya : « Saturne dévorant un de ses enfants »