Murillo : "Le jeune mendiant"
Paris au mois d’août, ses habitants sont moins nombreux et plus dénudés et les travaux se multiplient en multipliant les obstacles, les trous et les bruits. Les tunnels du métro emmagasinent la chaleur et ont rejeté leurs mendiants : plus de musiciens, plus de femmes exhibant un petit enfant que l’on habituait tôt à la profession, plus de malheureux racontant leur vie dans les rames indifférentes. Une seule mendiante en noir courbée sur les marches d'une correspondance et que les gens contournent, en évitant de regarder le vide de sa main tendue d’accoucheur, sans doute trop vieille, laissée là comme on met ses vieux à l’hôpital pour le temps des vacances ou comme on laisse un chien encombrant attaché à un poteau aux bons soins d’une âme charitable.
Mais où est donc passée la cohorte des mendiants du métro ? Ont-ils trouvé un travail ? Ont-ils été reconduits à la frontière ? Sont-ils partis en vacances ? Ont-ils suivi leurs généreux donateurs partis sur les plages bondées, sur les sentiers de montagne, sur les routes de campagne, comme on suit sa clientèle ? A ma connaissance, il n’y a pas de trêve estivale de la pauvreté. Alors ?