30 Novembre 2018
Ce tableau représente "Boissy d'Anglas saluant la tête du député Féraud" qui lui est obligeamment présentée sur une pique le 20 mai 1795. Il fut peint par Alexis-Evariste Fragonard, fils de Jean-Honoré dont les oeuvres sont plus coquines et où les personnages perdaient la tête d'une façon plus aimable. Si le père connut à la fin de sa vie la révolution de 1789, le fils était enfant quand elle éclata, mue surtout par le ressentiment, en balayant l'ancien temps.
Qu'avait fait Jean-Bertrand Féraud pour mériter un tel sort ? Il tentait de convaincre courageusement la foule qui avait envahi la Convention Nationale pour réclamer du pain et une femme impatiente, sans doute excédée par la longueur du discours (ce qui devrait servir de leçon à ceux dont les discours sont trop longs) le tua d'un coup de pistolet à bout portant.
Quant au garçon serrurier qui piqua la tête pour la présenter au président de la Convention Nationale (qui aurait été Théodore Vernier et non pas Boissy d'Anglas selon le titre du tableau), il perdit la sienne en étant le 2807ème et dernier condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire.
On ne sait jamais jusqu'où peut aller le ressentiment et le goût de la vengeance, surtout lorsque la colère est attisée et utilisée par des bonimenteurs qui proposent des remèdes séduisants, le plus souvent pires que le mal.
Il faut garder la tête sur les épaules pour ne pas la perdre.