La proposition 19 du programme socialiste pour les élections présidentielles de 2012 stipule : « Pour la santé, nous remettrons l’hôpital au cœur du système et nous demanderons aux jeunes médecins libéraux d’exercer en début de carrière dans les zones qui manquent de praticiens. ».
Il est certain qu’il existe une désertification médicale préoccupante, mais dans le même temps des hôpitaux de proximité ont été fermés et en-dehors du service qu’ils rendaient, ils pouvaient être attractifs pour des médecins et la suppression des gares, des postes et d’autres services publics ne contribue pas attirer les vocations.
Cette proposition amène à se poser quelques questions :
1° Est-elle applicable sur le plan juridique ? Puisqu’une directive européenne garantit la liberté d’installation dans l’ensemble de l’Union.
2° Aura-t-on suffisamment de médecins libéraux à envoyer à la campagne ? Actuellement un seul médecin sur dix à la fin de ses études choisit ce mode d’exercice (en 2010, moins de 9% des nouveaux inscrits au tableau de l’ordre). La perspective d’avoir l’obligation de changer de résidence (surtout s’il est chargé de famille) diminuera ce nombre déjà ridicule. Sans compter que les médecins pourraient éventuellement, après quelques années, être « libérés » et devoir à nouveau déménager, repartir de zéro en créant une nouvelle clientèle.
3° Quel sera la sanction en cas de refus ? C’est Christian Paul (député de la Nièvre et président du Laboratoire des idées du PS) interrogé par Le Monde qui répond : seuls les majors de promotion pourraient choisir leurs affectations, les autres ne le pourraient pas, sauf à rembourser leurs études médicales.
Rembourser leurs études médicales ? Un étudiant lorsqu’il débute est habituellement entretenu par ses parents qui payent aussi ses droits d’inscription. Lorsqu’il devient vite externe puis interne, tout en se formant, il touche un salaire de misère pour son travail qui dépasse largement les 35 heures par semaine (avec des gardes de nuit), leur travail est indispensable et les hôpitaux ne pourraient pas fonctionner sans eux. Dans le service de santé ce sont les étudiants qui font une fleur à l’Etat et pas l’inverse.
Il fallait vraiment un laboratoire pour avoir de telles idées.