Je n’ai lu que deux livres de Claude Levi-Strauss : « Triste tropiques et « l’homme nu », je ne connais donc que très peu de choses de sa pensée et je serais bien incapable de la comprendre en raison de sa complexité et de mes insuffisances en matière d’ethnologie.
Aussi les propos qui vont suivre sont peut-être imprudents, j’espère qu’ils ne sont pas inexacts.
Je comprends son pessimisme sur l évolution de l’Humanité quand il déclarait : « Ce que je constate : ce sont les ravages actuels ; c'est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu'elles soient végétales ou animales ; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l'espèce humaine vit sous une sorte de régime d'empoisonnement interne —si je puis dire— et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n'est pas un monde que j'aime ». C’est une vision qui me parait lucide et qui ne me gêne pas.
Ce qui me gêne davantage c’est sa vision entomologiste de l’Homme et le recul qu’il prend vis-à-vis de lui au point de devenir amoral et d’admettre, par exemple, que si les nazis avaient été vainqueurs ils auraient simplement imposé une culture différente, les massacres auraient été un accident secondaire (un détail ?) qui avait probablement déjà eu lieu dans la longue histoire de l’Humanité. Lévi-Strauss était loin d’être un humaniste, c'est-à-dire privilégiant l’épanouissement de la personne humaine.
Ce qui me gêne est d’affirmer que toutes les cultures sont égales et de plus imperméables, même s’il a mis en évidence des structures communes.
Certes, toutes les cultures sont respectables et peuvent enrichir les autres, mais à mon humble avis elles ne sont pas équivalentes et elles ne sont pas imperméables. Elles peuvent s’enrichir les unes les autres, ce qu’elles ont fait au cours de l’histoire et c’est leur perméabilité qui leur a permis de progresser plus vite (même si certains peuvent le regretter). C’est l’isolement des cultures, notamment sur le plan géographique, qui explique peut-être que certaines soient restées au stade « premier ».
Aujourd’hui avec le brassage accéléré des populations, les êtres humains peuvent sortir de leur culture et bénéficier de l’apport des autres cultures, à condition qu’ils le veuillent et qu’ils ne cherchent pas à imposer leur propre culture aux autres.
En fait, là est le problème : comment protéger sa propre culture à laquelle on tient lorsqu’on affirme par ailleurs que toutes les cultures se valent. Comment une société peut-elle survivre si elle est composée de la juxtaposition de cultures différentes ?