Des tombereaux d’avanies sont déversés sur Lance Armstrong, champion cycliste jusqu’à cette année adulé (et jalousé) en faisant de lui un symbole sacrificiel comme l’était le bidasse fusillé pour l’exemple des tranchées de 14-18. Je ne m’intéresse pas au sport cycliste et je ne n’ai pas de sympathie ou d’admiration particulière pour le champion américain, bien que son histoire personnelle ne soit pas banale et qu’il faut rendre hommage à son intelligence autant qu’à ses muscles car pouvoir passer 500 contrôles anti-dopage en 15 ans de carrière sans que l’un d’eux se soit révélé positif, il faut le faire.
Les tests anti-dopage coûtent cher, de 500 à 1000 € pour un test, avec une efficacité douteuse (38 cas positifs à l’EPO sur 258000 tests en 2010 selon l’agence mondiale anti-dopage). Avec un peu d’habileté il ne semble pas trop difficile de passer au travers comme l’a prouvé ce cher Lance, et c’est cette habileté des sportifs et de ceux qui les entourent plutôt que leur probité qui explique la rareté des tests positifs. Selon le responsable médical de la Fifa : « Pour attraper un tricheur, le monde du football doit dépenser 3 millions d’euros » (Le Point du 18/10/12). Dans un précédent billet j’avais proposé « Le dopage pour tous », ce qui serait plus économique et moins contraignant.
Aujourd’hui, avant d’admirer un champion lorsqu’il domine une épreuve, on se demande s’il ne s’est pas dopé, ce doute gâche le plaisir des amateurs. Ce qui n’était pas le cas auparavant où l’on admirait les prouesses sans réserve, et on pouvait le faire puisque tout le monde se dopait plus ou moins à égalité, mais en prenant des risques avec la santé.
Les sept victoires au tour de France vont être retirées à Armstrong et échangées contre la couronne de roi des tricheurs. L’ennui est que la plupart de ceux qu’il a dominés dans les tours de France ont été également convaincus de dopage et ont également triché. Le roi était donc le meilleur de la course, qu’on le veuille ou non, et on ne sait pas qui mettre à sa place.
Lance Armstrong risque de faire de la prison pour son mensonge face à une commission où il a affirmé ne s’être jamais dopé. C’est que l’on ne badine pas avec le mensonge aux USA. Mais que doit-on penser du secrétaire d’Etat de Bush junior qui avait manifestement menti devant l’assemblée de l’ONU (beaucoup de témoins) en exhibant un flacon censé prouver la présence d’armes de destruction massive en Irak, justifiant ainsi une guerre et des milliers de morts ? C’est évidemment moins sérieux que le mensonge d’un sportif qui n’a tué personne, sinon lui-même.
Enfin, n’étant pas spécialiste en la matière, je pose la question : est-ce que le dopage peut faire d’un champion moyen un grand champion ? Armstrong se dopait essentiellement à l’EPO (érythropoïétine). C’est une hormone secrétée par le rein en réponse à l’hyoxie, c'est-à-dire à la baisse du taux d’oxygène transporté par le sang, essentiellement sur les globules rouges, et l’EPO en stimulant leur fabrication va élever ce taux d’O2 en augmentant le nombre de ses transporteurs. Normalement le sang contient environ 5 millions de globules rouges par mm3. Est-ce qu’un supplément de 500000 hématies par mm3, par ex. peut permettre à un cycliste d’arriver au sommet d’un col avant tout le monde sans qu’il y soit pour quelque chose ? Pour être honnête, j’ignore le taux supplémentaire de globules rouges provoqué par l’administration d’EPO, mais je sais qu’un taux trop élevé risque de favoriser la formation de caillots dans la circulation, ce qui n’est sûrement pas recherché par les sportifs qui s’entourent de conseillers « médicaux ». Par ailleurs, j’ignore si l’expérience a été faite de comparer les performances d’un même sportif sur la même épreuve avec ou sans EPO. La différence serait-elle déterminante ? Même si l’on sait qu’un meilleur apport en oxygène aux muscles a un effet favorable sur leur fonction.

Re-dessin de Philippe Geluck