Certaines maladies deviennent des causes nationales : tuberculose (jadis), cancer (qui n’a jamais cessé de l’être), SIDA, Maladie d’Alzheimer etc…Et chaque maladie se pousse du col pour accéder au podium. La concurrence est forte et les crédits comme la compassion sont limités. Les associations ne ménagent pas leurs efforts et elles ont raison. L’idéal est d’entraîner un homme politique dans leur sillage. Des présidents ont eu leur « plan » pour une maladie qui se trouve ainsi associée à leur nom : Chirac, c’est le cancer, Sarkozy, c’est l’Alzheimer.
Aujourd’hui, on assiste à un court-circuit et une inversion : un médecin, le Pr. Victor Izraël, pour « défendre » un groupe de maladies, en l’occurrence les cancers, veut se présenter à l’élection présidentielle avec pour seul programme trouver plus d’argent à consacrer à une pathologie qui – entre nous – n’a jamais été négligée (en son temps, le Pr. Léon Schwartzenberg n’hésitait pas à verser des larmes à la télévision en disant qu’il fallait donner la légion d’honneur à tous les cancéreux).
On assiste de plus en plus au mélange de la politique et de la médecine. On ne peut pas dire que c’est un couple contre nature car la seconde dépend de la première, la dépendance étant celle des moyens. Mais parfois le mélange va plus loin au détriment de la médecine : manifestations de malades dans les rues et lors de l’apparition du SIDA, Act-up accusait le gouvernement de laisser mourir un peuple homosexuel décimé (on se demande ce que le gouvernement pouvait bien faire à l’époque pour l’éviter) et où la politique et le politiquement correct sont venus perturber la démarche médicale en réprouvant, notamment, le dépistage systématique de la contamination pour ne pas stigmatiser les malades qui étaient, pour la plupart, homosexuels. Récemment encore, on a assisté à un lever de boucliers lorsqu’une ministre a parlé de populations à risque, alors que pour bien faire, il eut été plus correct de parler de comportements à risque.
Mr le Pr. Izraël ne mélangez pas la politique et la médecine. Laissez aux politiques le soin de faire de la politique, y compris l’organisation du système de santé pour laquelle ils doivent cependant consulter les médecins, et aux médecins celui de traiter les maladies en espérant que les politiques leur en donneront les moyens (comme c’est leur rôle), sans passer par ces causes nationales qui ont surtout des effets d’annonce.