10 Septembre 2024
Erro : "voitures"
La place de Clichy à Paris est renommée pour ses embouteillages. Quand je prends le bus, je descends avant pour ne pas contempler longuement le toit des voitures et entendre les klaxons que les conducteurs pressent avec énergie, mais en vain, pour faire avancer les files totalement insensibles à leurs sollicitations énervées. Depuis que j'ai bazardé ma voiture qui n'a plus d'utilité à Paris depuis que j'ai arrêté mon activité professionnelle, je regarde ces embouteillages avec un certain plaisir pervers, petite compensation à la liberté perdue que me donnait ma monture.
C'est aussi place de Clichy que j'ai vu aujourd'hui un couple à l'habitus maghrébin dont la femme portait le voile, mais également une jupe longue fendue jusqu'à mi-cuisse. J'ai trouvé le compromis intéressant.
Afin de me désintoxiquer (des embouteillages et de la pollution qu'ils dégagent), je suis monté sur les flancs de Montmartre pour atteindre une de mes places préférées de Paris : la place Emile Goudeau, et m'asseoir sur un de ses bancs afin jouir de cet l'endroit chargé d'une belle histoire.
Sur la place Emile Goudeau, les arbres entrelacés
Veinent par l’ombre de leurs bras nus et noirs
Le quadrillage bossu des pavés penchés
Que le soleil peint sous leur pochoir.
Les réverbères efflanqués et solitaires,
Eteints le jour, tels des noctambules endormis,
Attendent patiemment que vienne la nuit
Pour nous faire partager leurs lumières.
La place Emile Goudeau, de son perchoir,
S’incline vers les Abbesses par la rue Ravignan.
Sortis des cendres du bateau-lavoir,
Des fantômes qui furent dissidents
Viennent se reposer de leur gloire,
A l’ombre des arbres, sur les bancs.
Peintres et poètes surgissent comme des mirages
Dans le viseur des chasseurs d’images,
Le déclencheur avide de ces lieux légendaires,
Où sont passés Picasso, Gris, Apollinaire,
Braque, Max Jacob, Vlaminck, Modigliani,
Marie Laurencin, Van Dongen ou Dufy…
Ils ont quitté depuis longtemps la place inclinée,
Mais derrière eux un parfum de poésie persiste
Et le promeneur en ces lieux se met à rêver
A l’éclosion magique de ce bouquet d’artistes.
Paul Obraska