Je ne suis pas distrait, mais je pense à autre chose. Lors de l’envoi par courrier du chèque réglant le premier acompte de l’impôt sur le revenu en février dernier, par suite d’une manipulation malencontreuse entre plusieurs lettres que j’avais à poster, celle destinée au centre d’encaissement des impôts de Créteil a été mise dans la boîte aux lettres, non affranchie. Panique. J’attends la levée du soir et l’employé chargé de la levée m’assure fort aimablement : « on va vous la retrouver votre lettre ». Que nenni. Après avoir sorti une à une les lettres du panier, la mienne n’y était pas. Re-panique.
Que faire ? Je fais opposition sur ce chèque qui, accompagné du TIP, paraissait perdu, et j’en envoi un second accompagné d’une lettre d’explication. Les jours passent mais mon compte courant ne bouge pas. Je tente de joindre par téléphone le centre de Créteil qui est une énorme usine de réception des chèques. Manifestement le robot que j’ai eu au bout du fil ne me comprenait pas, et soyons honnête, je comprends à sa décharge, qu’il ne me comprenne pas. Il y a même des jours où je ne me comprends pas moi-même !
Je décide de me rendre à mon centre des impôts qui, bien entendu, ne se situe pas dans l’arrondissement où j’habite mais dans un autre, alors qu’il en existe un à côté de chez moi.
Surprise. Le responsable, après vérification sur son ordinateur, m’annonce triomphalement que le chèque n°1, celui qui est parti dans une enveloppe non affranchie et que je n’avais pas retrouvée lors de la fouille de la boîte aux lettres, a été encaissé. Je remercie donc la bonne âme qui a peut-être affranchi avec ses deniers une lettre destinée aux impôts, à moins que le Centre de paiement de Créteil ait eu la générosité de m’offrir un timbre en échange de mon chèque.
Je lève l’opposition sur le chèque n°1 (opposition qui n’aurait donc pas fonctionné), mais je suis un peu inquiet de ne pas avoir de nouvelle du chèque n°2. Pour ne pas faire de bêtise supplémentaire, je ne fais plus rien.
Les jours passent et aucune trace de débit sur mon compte courant. Inquiet du sort du chèque n°2, j’envoie d’abord une lettre à mon centre personnel des impôts (celui qui est loin de chez moi). Puis, ne voyant rien partir, je téléphone. Cette fois pas de robot, mais une femme, une vraie, elles sont même deux qui causent ensemble et dont j’entends la conversation. Elles paraissent perplexes. Je ne figure pas dans les impayés, mon chèque n°1 aurait donc bien été encaissé. Elles vont faire une enquête à la recherche du chèque n°2 et me contacteront.
Fin mars je reçois les résultats de leur enquête : le chèque n°1 a bien été encaissé, par contre pas de trace du chèque n°2 et il m’est conseillé de faire opposition sur ce dernier.
Discipliné, je fais opposition sur le chèque n°2, et j’attends la suite car mon compte courant n’a toujours pas été amputé de la somme, malgré les affirmations réitérées des fonctionnaires du fisc. Je n’ose croire à un tel cadeau, mais que pouvais-je faire d’autre que d’attendre, je n’allais pas porter plainte contre le fisc pour ne pas avoir encaissé un chèque qu’il prétend avoir encaissé…
Début mai, je reçois une lettre comminatoire. On me reproche d’avoir fait opposition sur le chèque n°2 (sur leur conseil) et il m’est demandé de régulariser ma situation au plus vite « sous peine de poursuites contentieuses à mon encontre ».
Je me déplace donc à nouveau et là, miracle, je vois de mes yeux les deux chèques : le chèque n°1 (perdu, opposé, libéré et encaissé sans l’être) et le chèque n°2 qui a fait sa réapparition (libre, opposé, et que le fisc voulait encaisser sans le pouvoir). Il me restait à rédiger un 3ème chèque remis en mains propres, devant témoin, après avoir récupéré et ramené les deux fugueurs dans leur foyer. Cette fois j’ai assisté tristement mais avec soulagement à l’amputation de mon compte bancaire.
De ces péripéties abracadabrantesques on peut tirer les moralités suivantes :
1. Le simple fait de ne pas coller un timbre sur une enveloppe peut provoquer une cascade d’évènements imprévus illustrant à une petite échelle « l’effet papillon ».
2. Une lettre non affranchie et apparemment perdue peut parvenir à son destinataire.
3. L’informatique permet de rendre vrai ce qui devrait être et non ce qui est.