Je ne résiste pas à l’envie de reproduire le montage, à partir du « Déjeuner sur l’herbe » de Manet, paru dans « The Economist », illustration d’un texte ironique sur la campagne des deux principaux candidats à la présidentielle française. Certes, l’ironie des britanniques est coutumière pour ce qui concerne la France, mais il faut dire qu’en ce moment elle s’y prête un peu trop.
Voir Sarkozy et Hollande mollement assis, échangeant des propos en évitant de parler de choses qui pourraient fâcher le bon peuple, apparemment indifférents à la femme nue, symbole d’une France qui n’a plus rien sur le dos, est une illustration cruelle de cette campagne un peu surréaliste.
Un président sortant qui, après plus de 10 ans
aux manettes, feint de découvrir des anomalies scandaleuses et en accuse plus ou moins l’opposition pour laquelle il n’a pas de mots assez durs à la limite de l’insulte. Il se fait passer avec
culot pour ce qu’il n’est pas et se vante de son action pour garantir la sécurité des Français en déniant à l’opposition, dans un procès d’intention, la faculté de le faire. Pourtant, sous sa
houlette
pendant la bagatelle
d’une décennie, l’insécurité s’est aggravée et ses services, auxquels il a rendu hommage, n’ont pu éviter les tueries récentes, alors qu’ils avaient tous les moyens de le faire. Un Président qui
résout les problèmes intérieurs par une agitation législative, en accumulant des lois dont la plupart ne seront pas appliquées.
Son challenger, dont on ne connait pas la valeur puisqu’il n’a jamais été mis à l’épreuve, ne quitte les généralités généreuses que pour promettre ce qu’il sera bien incapable de donner, les caisses étant plus que vides, et veut qu’on lui signe sur sa bonne mine un chèque en blanc qu’il se chargera de remplir en vidant nos poches, mais celles-ci seront de toute façon vidées quel que soit le futur président.
Les pires ne figurent pas sur le tableau. Un révolutionnaire rentré qui peut enfin se libérer et se gargariser de ses formules oratoires, prendre des intonations et des postures de dictateur en aiguisant la lame de sa guillotine de carton devant une foule amnésique rêvant d’un « grand soir » en agitant des drapeaux rouges, car ce genre de soir s’est souvent terminé dans l’histoire par une nuit sanglante.
Une nostalgique du régime de Vichy de sinistre mémoire, avec son catalogue de boucs émissaires qu’elle fait valser au gré de l’actualité, et dont l’ambition est de construire une ligne Maginot, dont on connait l’efficacité, en ignorant le reste du monde qui ne peut qu’admirer la France éternelle se suffisant à elle-même.
Et l’autre, centré sur son nombril, qui prêche dans le désert depuis des années et qui risque fort d’y rester.
Dessin paru dan le Canard enchaîné du 28/03/12