A Paris, le ciel est aujourd’hui gris. Alors que nous sommes à la mi-août, les arbres pressés d’en finir nous donnent un avant-goût de l’automne. Les uns sont déjà roux, la feuille basse et branlante, à côté de leurs voisins restés verts, la feuille dressée et triomphante. Les végétaux nous montrent dans leur simplicité que par nature la recherche de l’égalité est une démarche vaine.
Comme chaque année au mois d’août, les Parisiens sont ailleurs pour laisser la place aux touristes venus en général d’un ailleurs plus lointain. Les langues se croisent dans les rues. Même lorsqu’il est silencieux, le touriste se reconnaît aisément car il porte son sac à dos sur le ventre. Jadis en Italie, le Français se méfiait de l’Italien, aujourd’hui c’est l’Italien en France qui se méfie du Français. Quant au Chinois il doit sans doute, avant de venir chez nous, suivre par prudence des cours de survie.
Je dois avoir une tête d’indicateur car à chaque fois que je sors de chez moi et même lorsqu’elles disposent d’une géolocalisation sur leur smartphone, des personnes ne manquent pas de me demander leur chemin et parfois plusieurs fois au cours de mon déplacement. C’est le seul moment, s’il ne s’agit pas d’un Français, où je tente de parler anglais. C’est aussi le moment où je constate avec dépit que tout le monde parle mieux l’anglais que moi et ce, quels que soient la nationalité, l’âge ou le niveau socio-économique apparent du demandeur.
Lorsque l’on me demande le chemin pour aller au Moulin Rouge (dont l’attractivité m’a toujours étonné) ou aux Galeries Lafayette (monument incontournable pour le Chinois), c’est aisé. Mais des passants ne manquent pas de me demander, en se fondant sur ma tête d’indicateur, d’éclairer leur route là où je cherche également la mienne. Et, croyez-le ou non, en étant défaillant, j’ai l’impression de manquer à tous mes devoirs.