L’information frappe à toutes nos portes, nous entre par tous les pores. A moins de rester isolé chez soi sans
déplier un journal, sans ouvrir la voix de la radio, la lucarne de la télévision, le miroir de l’ordinateur et jeter son courrier (sauf les factures et les avertissements si vous ne voulez pas
être dérangé par un huissier qui risque de vous donner des nouvelles de l’extérieur), donc, à moins de devenir un ermite n’éprouvant aucun intérêt pour le monde tel qu’il marche (devrais-je
dire : tel qu’il boîte ?), vous êtes obligé d’être informé et de recueillir les informations que l’on veut bien vous donner. Et c’est tant mieux, même si ça n’aide pas du tout à vivre,
car si le monde est un spectacle intéressant, c’est une tragi-comédie où le sang est bien réel et où les acteurs ne se relèvent pas à la fin de l’acte selon les vœux du metteur en
scène.
Les journalistes vivent pour l’information, c’est leur métier, mais pour les autres l’information ne risque-t-elle pas de devenir une drogue ? S’informer non pour suivre la marche boiteuse du monde mais uniquement pour s’informer et même se surinformer en permanence afin de ne rater aucune information. L’information devient un alors un besoin exclusif, une dépendance au point de négliger ceux qui vous entourent.
Pour beaucoup de blogueurs (dont je suis) l’information est une matière première de leur blog, sont-ils pour autant menacés de cette « névrose médiatique »[1] ? Je ne le pense pas, car nous nous informons non pas uniquement pour nous informer, ce n’est pas une démarche autonome, elle a un but : informer les autres en commentant l’information pour notre plaisir ou notre révolte. C’est une démarche de journaliste amateur et surtout indépendant, à audience réduite (surtout pour moi) et mêlée plus ou moins de sa propre intimité. Et pour ma part et il en va probablement de même pour vous, je ne néglige aucunement ceux qui m’entourent. Ouf !
[1] Terme utilisé par Michel Lejoyeux, Pr de psychiatrie à l’hôpital Bichat.