Beaucoup affirment comme une évidence et certains comme un avantage que la société française est devenue multiculturelle.
N’étant pas sociologue, j’avoue ne pas trop savoir ce que cela veut dire. Déjà le mot culture englobe bien des choses (en dehors de la culture individuelle). Il s’agit à la fois (petit Robert) de « l’ensemble des aspects intellectuels d’une civilisation » mais aussi de « l’ensemble des formes acquises de comportement dans les sociétés humaines », c'est-à-dire des mœurs. Quant au multiculturalisme c’est « la coexistence de plusieurs cultures dans un même pays ». Ce qui exclut a priori le mélange.
Si l’on envisage le premier aspect de la culture (la civilisation), la France au cours de l’histoire s’est enrichie de l’apport de nombreuses civilisations, à la fois par les invasions et l’immigration, mais ces apports n’ont pas coexistés, ils se sont fondus au cours du temps pour aboutir à la civilisation française dans un creuset où se sont mélangées les richesses artistiques, littéraires, philosophiques et scientifiques venues d’ailleurs. Il n’y a donc pas ici de multiculturalisme à proprement parlé, en dehors de l’art culinaire qui permet la juxtaposition de restaurants offrant un grand choix de cuisines exotiques.
Si l’on envisage le second aspect de la culture (les mœurs), le multiculturalisme devient plus difficile à saisir. Les mœurs admises par la grande majorité de la population française ont été établies progressivement par une longue évolution historique : révolutions, revendications, législation. Comment ces mœurs, issues de combats historiques, acceptées par consensus et susceptibles encore d’évoluer, peuvent-elles coexister avec des mœurs venues de pays qui n’ont pas suivis la même évolution ? Car elles sont le plus souvent très différentes et parfois en opposition avec les comportements habituels de la population. Ce sont presque toujours des mœurs qui n’ont guère évoluées au cours de l’histoire, fixées par un obscurantisme religieux ou des pratiques ancestrales et qui apparaissent de ce fait comme rétrogrades aux yeux de la société française.
Ceux qui parlent de société multiculturelle comme d’une évidence ne semblent guère se poser la question. Ils avancent (les plus raisonnables) que ce multiculturalisme doit rester dans le cadre de la République et obéir à ses lois. Fort bien. Mais comment concilier la polygamie, la soumission de la femme, l’excision, l’absence de condamnation de la charia et autres joyeusetés avec les droits de l’homme et les lois françaises ?
Si ces comportements tentent de se maintenir, on aura la juxtaposition d’une société légale et d’une marge illégale, ce qui n’a rien d’une société multiculturelle.
Si les communautés venues avec des mœurs inconciliables avec la législation républicaine, sont obligées de les abandonner, le multiculturalisme disparait (même s'il peut rester dans les têtes) ou devient de fait qu’une juxtaposition de religions (essentiellement Christianisme et Islam) ou une opposition religions / laïcité ou athéisme. Ce qui n’a rien de nouveau, à cela près que l’Islam est une religion qui comporte une part temporel importante et on comprend que ses tenants maintenant nombreux (mais combien de pratiquants ?) plaident pour une société multiculturelle (en fait bi-confessionnelle) en revendiquant comme un droit de suivre certaines pratiques issues du Moyen Age, en espérant que la société française, dans sa grande bonté, finira petit à petit par les admettre.
Voir également : "Le camping de la "diversité"