
Les foules sont rameutées à coups de téléphone, de cars disponibles, de TGV et à prix d’or, dans une mise en scène digne d’un spectacle de variétés et bien sûr ce sont des foules volontaires acquises à la cause. Une masse d’individus, aux pulsions élémentaires, agitant des drapeaux, clamant leur enthousiasme, hurlant des approbations quoi que l’orateur puisse dire, cette foule n’est pas là pour écouter et comprendre mais pour approuver et lancer des slogans. Comment les politiques peuvent-ils se sentir soutenus par la population, alors que ces foules favorables, rassemblées pour l’occasion, ne représentent qu’une infime fraction de l’électorat et comment peuvent-ils se sentir satisfaits de convaincre des convaincus.
Car, bien sûr, il n’y a pas de contradicteur, il y en aurait-il un qu’il serait énergiquement expulsé sous les huées. Les seuls intérêts possibles d’un meeting sont d'évaluer la résistance physique et le discours de l’orateur vedette dont le contenu, s’il existe, sera par la suite disséqué. Est-il nécessaire de dépenser tant d’argent, de déplacer tant de monde pour ces promesses habituellement sans lendemain et que l’on pourrait ponctuer par des hurlements en boîte.
George Grosz : « A Oskar Panizza »