Salvador Dali "Ascension"
LE MONDE EST A MES PIEDS
Et le monde est à mes pieds.
Moi qui prêchais la modestie et l'égalité,
Ils se mettent à genoux devant ma figure,
Devant le marbre, le plâtre et la peinture.
Ils me représentent dans les églises et les rues,
Ils baladent à bras d'hommes ma statue,
Je suis peint sur des milliers de tableaux,
A dire vrai je ne me voyais pas aussi beau.
Mais comme nourrisson ils ne m'ont pas réussi,
Contrairement à ma mère toujours très jolie,
Ils aiment beaucoup la promener dans les rues,
Ou la faire apparaître à des enfants perdus.
Ceux qui me représentent ne m'ont jamais vu.
Pour croire en moi ils ont besoin d'une statue,
Alors que nous voulions chasser les idoles
De nos temples et les animaux qu'on immole.
Comme eux j'ai beaucoup aimé ma mère,
L'adoration qu'on lui porte ne me rend pas amère,
Mais ils disent que ses statues pleurent du sang !
Et pourquoi tous ces saints qu'on sollicite en priant ?
Je confesse que je suis peiné par cette idolâtrie.
Ces gens qui se traînent à genoux devant une effigie,
Qui se découvrent, pleurent et prient devant elle,
Comme si se nichait dedans le Père Eternel.
Dois-je réapparaître pour corriger les choses ?
L'histoire recommencerait et ça me rend morose,
De nouveaux tableaux, de nouvelles statues,
Et peut-être qu'à me voir enfin seraient-ils déçus
Paul Obraska