A l’époque du service militaire pour tous, on racontait qu’un bidasse, sorti de la caserne sans permission, avait été sanctionné au motif qu’il était sorti de la caserne à reculons pour faire croire qu’il y entrait.
J’ai l’impression que nombre d’entre nous marchent à reculons en regardant le passé pour entrer dans l’avenir. Le « c’était mieux avant » venant dévaloriser le présent. Mais pour connaître un passé que l’on préfère au présent il faut déjà avoir un âge certain. Les jeunes ne peuvent évidemment pas regretter un passé qu’ils n’ont pas connu et dont le récit enjolivé par les anciens risque de leur donner une fausse idée.
Le XXème siècle, en dehors de quelques éclaircies, a été une catastrophe pour les peuples, massacres et deuils que l’on oublie un peu vite, installés que nous sommes dans une paix en Europe depuis plusieurs décennies (mis à part le conflit en Yougoslavie). La guerre civile actuelle en Syrie peut en donner une idée mais sur une petite échelle.
La marche à reculons semble négliger ce que les progrès scientifiques et techniques ont apporté à notre présent. On ne meurt plus de maladies dont on mourait à coup sûr il y a quelques décennies. Les gens sont plutôt bien pris en charge pour leur santé. Les voyages sont plus faciles, plus rapides et ouverts à beaucoup, les communications instantanées donnent une ouverture étonnante sur le monde. J’ai vu apparaître le téléphone pour tous, la télévision pour tous avec, si on le désire, suffisamment de programmes intelligents. Le cinéma à domicile est une distraction de choix. La musique pour tous et chez soi est une chose merveilleuse, seule une élite avait la chance d’écouter du Mozart aux siècles passés. J’ai vu apparaître l’ordinateur personnel, puis internet et sa source inépuisable et instantanée de savoirs. La vision des œuvres d’art est devenue accessible à tous, alors qu’elle n’était donnée qu’à quelques uns. Avec les blogueurs, et les réseaux sociaux, c’est le renouveau de l’écriture (même si l’on peut regretter qu’elle soit parfois mal orthographiée), les « billets » sont devenus les équivalents des échanges épistolaires de jadis. Bien sûr avec ces outils merveilleux dont nous disposons aujourd’hui, on peut aussi remuer et lancer de la merde et non du savoir et de la beauté, mais nous avons la liberté de les utiliser selon notre désir.
Si le passé pouvait apporter plus de sérénité en étant plus simple, seule une petite minorité pouvait en jouir, les autres passaient leur temps à bosser dans des conditions difficiles pendant de longues heures, avec de maigres distractions où l’alcool était roi.
Nous sommes loin du meilleur des mondes, mais il est bien difficile d’en modifier l’évolution, il faut s’y adapter. La mondialisation redistribue les cartes pour chaque pays et regretter un passé glorieux est bien vain. Le brassage des populations s’est accéléré et la physionomie des peuples se modifie en une ou deux générations. Les repères changent en bien ou en mal, mais ils n’ont jamais été fixés de façon définitive, ils ont toujours changé au cours des siècles. Le statut de la femme s’est heureusement modifié en Occident et ce, de façon récente. Les hiérarchies sont devenues moins rigides. Les avancées biomédicales modifient même l’humain en touchant aux repères qui paraissaient les plus solides.
S’il faut s’adapter à tous ces changements, il est aussi nécessaire de défendre les acquis essentiels d’une civilisation à laquelle nous tenons. La conservation des richesses du passé n’est pas son regret. Le regret est stérile, même s’il est justifié lorsqu’on assiste à la hausse de l’amoralité, de la violence gratuite et à la montée du fanatisme religieux dont l’Occident semblait s’être débarrassé et qu’un Islam intégriste vient lui rappeler en tentant, au besoin par la violence, de tirer la société vers l’obscurantisme, c'est-à-dire le passé. Ne marchons pas à reculons comme le font les fanatiques religieux.
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