Je ne sais pas si les Parisiens mangent cinq légumes et fruits par jour, mais il est certain que par les temps qui courent, ils bougent. Les rues sont noires de monde. Les marcheurs (non macroniens) marchent à pas vifs, un œil inquiet sur les trottinettes et les vélos qui n’hésitent pas à zigzaguer entre eux, les trottoirs étant plus sûrs que la chaussée encombrée de voitures, plus ou moins stagnantes, mais avançant par embardées, conduites par des chauffeurs énervés pour coller au parechoc du véhicule précédent.
Le flot des marcheurs est ininterrompu, chacun marche, obstiné, les artères du cœur dilatées, les alvéoles pulmonaires gonflées, les articulations à plein roulis et les muscles à plein rendement. Le visage est obstiné mais les traits sont tirés car la plupart manquent de sommeil, ils se sont levés deux heures plus tôt pour s’entasser sur des quais, tenter de monter dans un wagon ou une rame, et étouffer à l’intérieur, à la merci des frotteurs, des mains lestes des voleurs et des transhumances microbiennes.
Et tout ce monde déambulant, ensommeillé, exténué, soutiendrait la grève pour qu’une petite minorité conserve ses avantages (sacrés car acquis), pour qu’ils continuent à partir dix ans à la retraite avant les autres aux frais des contribuables. Certes, ils ne savent pas à quelle sauce cette réforme des retraites va les manger, ils ne savent pas s’ils vont perdre ou gagner, mais beaucoup soutiennent la grève pour la simple raison que les grévistes s’opposent au gouvernement en général, et à Macron en particulier. Est-ce bien raisonnable ?