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Les prouesses d'un oeil malade 2

En ce moment, le Grand Palais à Paris expose des oeuvres du Gréco. Peintre, sculpteur, et architecte, il est né en Crète au milieu du XVIème et mort à Tolède après avoir séjourné à Rome.

Je n'irai pas voir cette exposition, sûrement à tort, mais j'avoue ne pas apprécier sa peinture qui comporte essentiellement des portraits et des tableaux d'inspiration religieuse. Il est vrai qu'à l'époque beaucoup de commandes provenaient de l'Eglise, et elle a donc été à l'origine de la création de la plupart des chefs-d'oeuvre dans le sud de l'Europe, contrairement au nord où les peintures profanes abondaient.

Une des raisons pour laquelle je n'adhère que peu aux oeuvres du Greco est la déformation qu'il a appliquée à tous les personnages qu'il représentait : les visages comme les corps sont longilignes, anormalement allongés avec une disproportion entre une petite tête et un long corps, et à une époque où les gens étaient petits. Son autoportrait lui-même accuse un excès de verticalité :

Les prouesses d'un oeil malade 2

 

Les prouesses d'un oeil malade 2

Saint Martin et le pauvre

Les prouesses d'un oeil malade 2

La crucifixion

Ces déformations sont d'autant plus étonnantes qu'avant l'apparition de la photographie, les peintres respectaient le plus souvent les proportions et la représentation du réel, notamment pour les portraits.

Des médecins se sont donc demandés si l'oeil du Greco n'était pas malade. Les uns parlant d'une anomalie de la rétine, les autres plus simplement d'un astigmatisme privilégiant les lignes verticales.

L'oeil malade d'un peintre peut parfois donner de bonnes surprises. Ce fut le cas de Monet, et je reporte ci-dessous un billet que j'avais publié il y a 10 ans :

Les prouesses d'un oeil malade 2

Ce tableau, le pont japonais (le second), fut peint par Monet vers 1920. Ne dirait-on pas un tableau abstrait ?

A cette époque, le peintre était atteint d’une double cataracte, il ne voyait plus de l’œil droit et à peine de l’œil gauche. Il a d’abord refusé de se faire opérer dans la crainte de devenir complètement aveugle et ayant perdu le sens de la profondeur et du relief (donné par la vision binoculaire), il ne percevait que des taches de couleurs. Lorsqu’il accepta de se faire opérer de l’œil droit, Monet s’est plaint après cette opération d’avoir perdu des couleurs. Pour peindre il utilisa alors, soit l’œil droit et les bleus dominaient sur la toile, soit l’œil gauche (filtré par la cataracte) dont la vision privilégiait les couleurs chaudes.

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V
dans le genre longiligne,vous ne devez pas aimer Giacometti et ses sculptures  ?<br />  
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S
Vaste sujet, cher docteur WO ! Les interactions entre le corps et le mental sont une réalité et influencent forcément le style ou le sujet d'un peintre. On peut citer pour exemple extrême les "œuvres" d'un Basquiat, malade et drogué… Et j'ai vu dans une expo, un peintre qui avait transcrit sur la toile sa douleur après une grosse entorse ! Ouais, bon…  
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P
Chercher une maladie là où il y a un style me paraît exagéré. A ce compte, de quoi souffrait Picasso?
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B
A quoi ça tient, quand même...<br /> Mais, après les psys et leurs études et leurs opinions (parfois judicieuses et pas entièrement inutiles) sur telle ou telle œuvre et son auteur (on ne les entend pas beaucoup concernant des "artistes contemporains" comme Jeff Koons ou McCarty -mais pas que...), je me demande si les ophtalmos ont vocation à empiéter, même à pas menus et sur la pointe des pieds, sur les plates-bandes des critiques d'art ? (question d'un pur béotien).<br />  <br /> Quoi que même un interne en 1re année de proctologie pourrait... "analyser" les toiles de Keith Boadwee  !<br />  
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