J’ai toujours été étonné par l’omniscience présumée des dirigeants. Nos
ministres, pour beaucoup, exercent des responsabilités dans des domaines pour lesquels ils n’ont pas été formés dans leur vie antérieure et peuvent passer d’un ministère à un autre avec la même
incompétence et faire des déclarations définitives avec la même assurance sur des sujets qu’ils ne connaissent pas, en ressortant le contenu de fiches préparées par d’autres.
Les dirigeants des grandes sociétés, recrutés à prix d’or, passent d’une entreprise à une autre sans aucun rapport, de l’automobile au bâtiment ou de la banque à l’informatique. Leur spécialité n’est pas de connaître le cœur d’une entreprise, mais de diriger les autres en leur imposant en général une restructuration et souvent des licenciements avec des effets désagréables pour les hommes mais qu’ils espèrent favorables pour les actionnaires.
Dans le secteur des services publics, c’est encore pire. La France peut s’enorgueillir d’une oligarchie pédégéiste omnivore faite d’une brochette de dirigeants patentés et décorés, toujours les mêmes, qui transhument, tout en broutant, de la tête d’un service public à la tête d’un autre, toujours doués de l’omniscience qui fait notre admiration.
Ainsi qui va-t-on mettre à la tête de la direction de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) ? Mireille Faugère, ex-numéro 2 de la SNCF, qui avait été chargée du projet TGV.
Les naïfs diront : mais quel est le rapport entre les trains et les hôpitaux ? Allons, réfléchissez : les hôpitaux de Paris déraillent avec un déficit de 100 millions € et la cheminote est là pour lancer un train de « réformes » très contestées qui prévoit de regrouper 37 établissements en 12 groupes, au prix de très nombreuses suppressions d’emplois.
Regrouper les wagons, elle doit connaître, mais assurer un service de santé publique ? Alors, si vous voulez en plus que les gens soient correctement soignés, il ne vous reste qu’à tirer le signal d’alarme.