Être coupable et réclamer le statut de victime est une démarche qui devient coutumière. Un renversement de statut qui tente d’effacer ou de faire oublier les faits reprochés en réclamant la compassion due aux victimes, et en s’exonérant du même coup de toute culpabilité réelle après s’être fendu de quelques excuses destinées à forcer la compassion.
Mais comme les faits sont là, la transmutation de coupable en victime exige néanmoins qu’un coupable soit désigné. Le coupable est évidemment celui qui révèle les faits incriminés car ceux-ci n’existeraient pas s’ils n’avaient pas été révélés, et/ou celui qui les exploite. Dans ce dernier cas, le coupable devient celui qui bénéficie de la révélation des faits délictueux, ce qui introduit évidemment la notion de complot.
Un coupable, objet supposé d’une machination, acquiert le statut de victime de la machination. Le comploteur supposé a plus de noirceur machiavélique aux yeux du public que la victime - pourtant coupable - du complot évoqué, souvent sans preuve.
Les politiciens pris la main dans le sac usent et abusent de cette stratégie avec plus ou moins de bonheur, mais elle est toujours crédible auprès de leurs partisans prêts à rejeter la responsabilité des travers de leur héros sur ses ennemis ou même sur les institutions coupables de le poursuivre injustement.
Le statut de coupable-victime ne se limite pas aux individus mais est également recherché par des groupes humains qui s’exonèrent de leurs responsabilités et éventuellement de leur culpabilité en réclamant le statut de victimes.
Ce statut est même recherché au niveau international : l’agresseur assure ne répliquer qu’à une agression de la part du pays agressé, et le dictateur se dit la victime de son peuple quand il se soulève, ce qui le conduit à le massacrer en prétendant défendre l’intérêt de la nation.
Si dans l’histoire le statut de puissant était davantage recherché que celui de victime, aujourd’hui la victimisation tend à être privilégiée.
Daumier