Après le navet sur Mahomet tourné par un Egyptien copte qui s’est courageusement empressé d’impliquer les juifs à l’origine de son œuvre qui traînait depuis des mois sans que personne ne s’y intéresse, voilà que Charlie Hebdo publie quelques dessins sur le prophète de l’Islam.
Les réactions peuvent se résumer dans leur majorité par : nous tenons à la liberté d’expression, mais ce n’était pas le moment d’en user. Il y a donc des moments où la liberté d’expression peut s’exprimer et d’autres où il vaut mieux ne pas le faire. Autrement dit : une liberté conditionnelle.
Pourtant, c’était le bon moment dans l’intérêt même des musulmans intégristes. Songez que les foules sont déjà mobilisées sur le pied de guerre, qu’elles se sont déjà procuré des drapeaux à brûler, qu’elles ont déjà acquis une expérience dans l’assaut des ambassades et dans le lynchage des ambassadeurs, que ceux qui n’ont pas de travail vont pouvoir s’occuper dans une saine activité de plein air, que ceux qui ont à peine à manger pourront bouffer de l’occidental, le plat préféré des intégristes. C’est aussi le moment pour ceux-ci de remercier le journal satirique qui a compris que c’était le moment.
C’est enfin le moment où tous les journaux satiriques libres devraient publier des dessins sur le sujet, mais de préférence humoristiques et de bon goût, sans tomber dans la stupidité et le récit de bas étage du film obscur qui a tout déclenché et qu’un quidam eut la bonne idée de traduire en arabe, histoire de faire trucider quelques innocents pour la bonne cause, dans la plus grande miséricorde.