Par une fatalité à laquelle j’aurais pu aisément m’opposer, j’ai failli lire complètement un troisième roman d’Annie Ernaux.
Je viens d’interrompre « La honte » à la page 116, après avoir subi, je ne sais pour quelle raison, « la place » et « L’événement ». Il faut dire que les titres sont aussi brefs que les livres qui dépassent péniblement les 100 pages et comme le disait le non regretté Céline : "en laissant tomber un de ses livres, on ne risque pas de se faire mal au pied". Ce sont des titres percutants qui promettent monts et merveilles, mais ce ne sont que promesses de Gascon : ils recouvrent du vide. De petits souvenirs personnels d’une vie – apparemment – sans relief et médiocre. Un nombrilisme sans intérêt raconté gentiment, une littérature d’agence immobilière (elle excelle dans la description de l’épicerie de ses parents) digne d’un journal intime de jeune fille mais un peu trop délayé à mon goût, mais il faut tout de même dépasser les 100 pages pour être prise au sérieux.
Cette écrivaine (le terme au féminin prend ici tout son sens) est surtout publiée par Gallimard, s’il vous plait, et d’après la dernière page de « La honte » elle a commis 18 livres jusqu’à l’année 2016. Je suppose donc qu’elle a du succès, ce qui explique que ces opuscules m’ont été offerts afin que je puisse rester dans le vent (une brise suffirait) et que je me suis efforcé de les lire par égard pour mes donateurs (qui, je l’espère, ne visitent pas mon blog).
Bien sûr, sur ces 18 livres je n’en ai subi que 3 (c’est à dire 350 pages environ tout de même) en espérant sans doute, en passant de l’un à l’autre, voir apparaître enfin une épaisseur littéraire (je ne parle pas de l’épaisseur du livre, car j’ai lu des livres courts qui étaient des bijoux). Mais peut-être que les 15 autres sont des chefs-d’œuvre, j’en doute cependant car il me semble que Mme Ernaux n’a rien à dire.
Illustration : Jacob Lawrence : "The library"