Lisa Gherardini est morte en 1542 à l’âge de 63 ans. Vous me direz que c’est du passé et qu’elle a bien mérité son repos éternel sous l’ancien couvent de Sainte-Ursule à Florence. L’ennui est qu’elle va être dérangée par un historien d’art, Silvano Vinceti, dont la manie un peu malsaine est de déterrer les cadavres de VIP (Giotto, les restes présumés du Caravage, Pic de la Mirandole, Pétrarque dont la tombe contenait d’ailleurs le crâne d’une jeune fille). De quoi Lisa est-elle accusée ? D’avoir servi de modèle à Léonard de Vinci pour le fameux tableau « La Joconde ». La chasse au squelette débutera le 27 avril et 1000 m2 seront explorés pour tenter de retrouver la dépouille de l’ancienne belle. Le croque-mort de l’art veut vérifier si Lisa a bien inspiré Léonard : prélèvements ADN prévus et comparés à ceux des deux enfants de la dame, inhumés dans une église florentine et avec un peu de chance une reconstitution faciale sera peut-être possible.
Le sourire de Mona Lisa était-il bien celui de Lisa ? N’était-il pas un peu celui de Salai, amant de Léonard et néanmoins apprenti ? Silvano Vinceti, que rien n’arrête, aimerait exhumer Léonard de Vinci à Amboise pour confirmer que « la Joconde » n’était pas un autoportrait (avec la barbe !?).
Pour ma part, je trouve que déterrer des cadavres de grands hommes pour satisfaire la curiosité d’un petit homme est indécent. L’histoire d’un tableau est intéressante, mais anecdotique, et aller jusqu’à profaner des tombes pour la préciser c’est pousser la pioche un peu loin. Le tableau de Léonard se suffit à lui-même. Que le sourire du modèle soit celui de Madame Lisa, de l’amant de Léonard ou du pape m’indiffère. A cela près que pour le pape, je serais tout de même étonné.