Avec un bruit de succion, comme un dernier baiser, la mer s’est retirée plus près de l’horizon. Chaque jour, sur rendez-vous, elle dévoile son intimité, relève sa robe et ses dessous en exhibant ses touffes herbacées.
Elle dénude en passant les bateaux échoués qui se dressent, ridicules, sur leurs quilles branlantes en montrant leurs ventres gonflés dans la terre gluante.
Les hardes d’algues s’étalent sur la terre humide abandonnées sur le sol par le corps de la mer. Les traînées de guenilles verdâtres macèrent en exhalant dans l’air des effluves putrides.
Les mouettes blanches à tête noire piaillent. Leur corps de ballet tourne et plane avant de fourrager les entrailles de la mangeoire océane, comme le font les chercheurs de coquillages, buste incliné vers la boue puante, mollets nus ou bottes montantes.
Un soleil gris en glissant argente les flaques du marécage. La mer s’est retirée, mais la grande dame lunatique viendra de nouveau dans son va-et-vient perpétuel recouvrir de ses flots ses dessous impudiques.
Paul Obraska
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