Il est banal de dire que la création de mots ou leur répétition en s’installant dans le langage vient modifier progressivement notre pensée et notre conception des choses. C’est la raison pour laquelle les groupes de pression tiennent à imposer des mots plutôt que d’autres, qu’il s’agisse d’associations, de publicité ou de propagande. Quand on accepte petit à petit une expression, on finit par accepter le concept qui va avec.
C’est ainsi que le terme « arabo-musulman » est fréquemment employé par les médias, terme qui tend à confondre une ethnie et une religion. Si une religion est souvent dominante dans une ethnie, la confusion l’a rend exclusive dans la pensée. Il n’est donc pas étonnant que l’Egyptien qui n’était pas musulman ait été agressé à Marseille pour ne pas avoir fermé sa boutique de restauration pendant le Ramadan. Cette confusion existe ailleurs : on a longtemps confondu Hindous et Indiens et l’on confond encore juif et Judaïsme alors qu’il existe plus de Juifs non pratiquants que pratiquants.
Un autre terme a pris de l’ampleur jusqu’à en changer la perception : celui d’islamiste. Il a seulement quelques années, la distinction était nette pour tout le monde entre musulmans et islamistes, ce dernier terme étant réservé à une petite minorité de musulmans extrémistes et apparemment rejetés par la majorité des musulmans. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où la confusion a fini par s’installer entre Islam et islamistes avec la prise de pouvoir de ceux-ci dans plusieurs états. La question est de savoir si c’est la frange extrémiste de l’Islam qui a maintenant droit de cité en étant admise par tous les musulmans ou si ce sont les islamistes qui sont devenus moins extrêmes. Les théocraties déjà en place permettent d’en douter. Espérons que les femmes qui ont contribué à abattre les dictatures lors des révolutions arabes, maintenant confisquées par les barbus alors qu’ils n’avaient guère été actifs, n’aient pas à les regretter.