Mr Guaino, député UMP de son état et ancien conseiller plumitif de Sarkozy, a la spécialité de jongler avec les références historiques pour la plus grande joie du cirque médiatique. Cette fois, récemment sur RTL, il a exécuté une jonglerie assez remarquable en comparant le rejet par le Conseil constitutionnel des comptes de la dernière campagne de Sarkozy à l’affaire Dreyfus. Ni plus, ni moins. Sarkozy, cible innocente, que l’on n’envisage cependant pas de condamner à la déportation à vie à l’île du Diable après le jugement motivé du Conseil constitutionnel. Cette instance, pourtant marquée à droite, a eu l’outrecuidance d’appliquer la loi existante et connue de tous les politiques bénéficiant de l’argent du contribuable pour montrer leur bobine à la population, et dont la tendance est de confondre fonds publics réservés à leur fonction et financement public alloué à leur campagne électorale.
Sarkozy et son parti ne sont pas accusés à tort (même si la sanction prévue par la loi peut paraître sévère), mais Mr Guaino aurait trouvé juste que la loi ne soit pas appliquée à son champion et à son parti (en le ruinant au passage). D’ailleurs, il ne mâche pas ses mots (il aurait intérêt à les mâcher avant de les recracher) en affirmant : « Depuis 40 ans on essaye de chasser les politiques », « le gouvernement des juges, c’est le contraire de la République », alors que ce sont les politiques qui ont voté la loi si injustement appliquée. On croit entendre Berlusconi (toutes proportions gardées pour ce qui concerne les faits incriminés).
Autrement dit, pour Mr Guaino, il est intolérable que la loi puisse s’appliquer aux politiques chez qui il serait républicain de ne pas les appliquer (surtout s’ils sont de son bord) afin qu’ils puissent exercer leur pouvoir et disposer de l’argent du contribuable à leur guise.
Mr Sarkozy, s’il a subi une dégradation, reste encore libre de ses mouvements, et bien que responsable de ce dépassement des comptes, de la ruine de son parti, et de l’échec de son quinquennat, a fait un triomphe en réapparaissant parmi les siens que l’on voyait tomber en pamoison au passage de leur loser, revenu de l’île du Diable où il avait donné quelques fructueuses conférences.
Dessin de Pétillon paru dans le Canard Enchaîné du 10 juillet 2013