Amour et barbarie
Le 25 juin dernier, je suis tombé (c’était bien une chute) sur la série « Les experts » où l’on voit des policiers savants exercer leur science dans diverses villes des USA, série envahissant les écrans de TV, montrant les meurtres les plus divers mais paraissant elle-même increvable. Cela fait des années que l’on voit les personnages qui vieillissent petit à petit se pencher intensément sur un fil ou un cheveu, utiliser des techniques mystérieuses et manipuler des appareils sophistiqués en étant accompagnés d’une bande-son abrutissante.
Donc, le 25 juin dernier, en fin de soirée, que nous montre-t-on dès les premières images ? : Un demi-homme pendu par les bras, la moitié inférieure du corps gisant sur le sol en un amas informe et sanglant. On nous expose avec complaisance un homme coupé en deux (de son vivant, s’il vous plait) à l’aide d’une tronçonneuse, manipulée avec habileté, la section étant franche et sans bavure au-dessus du bassin.
C’était symboliquement une horreur, mais rassurez-vous, ce spectacle très réaliste était déconseillé au moins de 12 ans. Ce qui prouve la maturité de nos chères têtes blondes (NB. Afin de ne pas avoir d’ennui, je tiens à préciser que par cette expression je n’entends nullement discriminer les têtes brunes).
Mais ces enfants aptes à regarder un homme vivant coupé en deux par une tronçonneuse, devront encore attendre quelques années avant qu’on leur permette officiellement la vision d’un spectacle encore plus horrible : celui d’un couple faisant l’amour. (NB. Vous remarquerez que j’ai préféré utiliser le terme « couple » sans spécifier les sexes, afin de ne pas discriminer les homosexuels, on n’est jamais trop prudent).
Il est tout de même curieux de constater que la barbarie la plus extrême est montrée sans réticence, alors que l’on cache avec précaution l’acte sexuel accompli chaque jour par des millions de couples, acte par lequel – de surcroît - chacun d’entre nous est né. Il faut en conclure que l’amour est un spectacle plus insoutenable que la barbarie. Les religions ne diront pas le contraire.
Artemisia Gentileschi : « Judith et Holopherne »
