Nicolas de Staël : série des
footballeurs
J’aime le football
Comment ne pas être ébloui par ces hommes en caleçon qui se vendent à prix d’or dans les foires aux joueurs, après examen des muscles et des articulations (les dents importent peu).
Comment ne pas admirer leur maîtrise lorsque se tordant à terre de douleurs, ils réussissent malgré leurs souffrances à garder un œil attentif sur l’arbitre et sa poche miraculeuse d’où peut sortir à tout moment un carton coloré du meilleur effet.
Comment ne pas haleter pendant l’attente longue, très longue, très très longue, aussi longue que l’attente de la femme désirée, avant que l’élu tire son coup décisif dans la vulve des buts. Comment ne pas être bouleversé par l’orgasme intense qui s’empare alors de lui, au point de le faire courir tel un possédé en soulevant son maillot, pour se dresser à un coin du terrain face à ses supporters en délire comme le coq après s’être farci une poule.
Comment ne pas être ému par la fraternité qui s’empare alors de ses camarades, soucieux de partager avec lui cet orgasme sans pareil en l’enfouissant les uns après les autres sous leurs corps en une superbe partouse homosexuelle lubrifiée par leur sueur commune.
Et que dire de ces foules colorées, chantantes, hurlantes, l’insulte à la bouche à défaut de bave, de préférence raciste, prêtes à en venir aux mains ou aux couteaux pour que « leur sang abreuve nos sillons ». Comment ne pas s’extasier devant ces faces peintes aux couleurs nationales masquant avec bonheur l’hébétude qui parvient à atteindre même les gens sobres, même les gens intelligents, même les gens cultivés.
Comment ne pas être pris de vertige devant un tel spectacle en sondant les profondeurs de la connerie humaine…
Et j’aime le football.