Assis dans le métro (ça arrive), j’ai été fasciné par un homme trentenaire assis à côté de moi. Pendant tout le trajet, les écouteurs aux oreilles (le son étant suffisamment fort pour que je puisse saisir un grésillement rythmé malgré le bruit), il n’a pas cessé de jouer sur son téléphone portable à un jeu mystérieux qui consistait à suivre une ligne colorée parmi d’autres lignes colorées (les amateurs doivent connaître le nom de ce jeu subtil). Comme j’ai l’esprit mal tourné, je me suis demandé si cet adulte pris par ce jeu absorbant et abreuvé par les oreilles, ne faisait pas partie de ces hommes qui abandonnent femme et enfant(s) pour vivre leur vie qui consiste pour une bonne part à jouer à des jeux enfantins sur leur téléphone ou sur leur ordinateur. Je me rends compte que j’ai non seulement l’esprit mal tourné mais également rétrograde : le jeu est la façon la plus simple d’échapper à la réalité et ne faut-il pas rester enfant ? Les générations nouvelles ont trouvé le secret pour le rester et les fabricants de ces jeux celui de les maintenir dans la période bénie (pas tant que ça) de l’enfance.