Dans cette guerre de tranchées sanglante et destructrice entre la Russie et l’Ukraine, le chef de bande Prigojine, personnage improbable, sorti de la case d’une prison russe pour devenir restaurateur, puis pourvoyeur de mort, et envoyer ses mercenaires en Afrique en chasser les Français, en s’acoquinant avec des militaires au pouvoir afin de se partager le gâteau minier du pays, nous a offert une distraction ce week-end en nous faisant passer un frisson historique par sa marche irrésistible sur Moscou et son rétropédalage, la queue basse, vers la Biélorussie. Une fin (sans doute provisoire) un peu décevante pour ce qui concerne le suspense, bien qu’une guerre civile ne soit jamais souhaitable pour aucun pays.
Un tel événement inattendu a évidemment fait les délices des journalistes. Depuis le déclenchement de cette guerre par la Russie, les chaînes TV d’information continue ont du grain à moudre. Chacune, chaque jour, nous exhibe sa brochette d’intervenants composée d’un ou deux généraux à la retraite, de spécialistes de géopolitique, de la Russie, de l’Ukraine, de grands reporters et d’une représentante du bataillon de jolies ukrainiennes qui viennent défendre, la mèche rebelle, leur pays agressé.
A propos de la mutinerie du « cuisinier de Poutine », la tonalité des débats fut de suite donnée, sur LCI, par deux intervenantes. La première fut une députée Renaissance interrogée par un journaliste qui lui faisait remarquer que les services secrets des USA étaient au courant plusieurs jours avant la mutinerie de « Wagner » que celle-ci allait survenir, et de lui demander : « qu’en était-il des services français ? » Et notre députée de répondre : « je n’ai aucun renseignement, mais je peux vous assurer que nos services étaient également au courant », ça ne s’invente pas. La seconde, interrogée en ouverture d’un débat sur ce qui se passait en Russie, répondit : « ce qui est sûr, c’est que nous ne savons rien ». Logiquement, le meneur aurait pu dire aux téléspectateurs : « ne perdons pas de temps avec un débat manifestement inutile puisque nous ne savons rien, aussi allons-nous passer un film après la publicité ». Mais la conversation entre gens satisfaits d’être là a tout de même eu lieu. Le plus étonnant est que je l’ai écoutée.
Illustration : Pieter Brueghel l'ancien "Le triomphe de la mort"