Je hais les joints. Non pas ceux que certains fument pour changer leur regard et se ramollir le cerveau, que des herboristes clandestins vendent dans la rue, ou que des jardiniers cultivent dans leur appartement pour embellir leurs fins de mois.
Non, je hais le joint minable, cette rondelle ridicule que l’on est obligé de mettre pour qu’un robinet reste étanche. Il faut se rendre à l’évidence : c’est sur cette mince rondelle primitive que repose la prévention des inondations privées lorsqu’il s’agit d’un robinet dit d’arrêt qui, paradoxalement, est la source d’une fuite.
Quand on regarde cette misérable rondelle, on ne comprend pas l’immense responsabilité qui lui est confiée. Car la rondelle est fragile, on se rend bien compte que sa vie est limitée et que son destin est de pourrir.
Alors que se passe-t-il lorsque cette piteuse rondelle est morte ? L’eau s’écoule d’abord sournoisement en goutte à goutte puis à flot, déclenchant la fureur du voisin sous-jacent.
Et il faut bien savoir que cette rondelle perverse n’expire que le week-end et comme le dit Woody Allen : « Non seulement Dieu n’existe pas, mais allez trouver un plombier le dimanche ».
Alors, je lance ici un appel à tous les inventeurs qui ont permis aux hommes d’aller sur la Lune, de jeter entre eux des liens invisibles à la vitesse de la lumière, de remplacer le mouchoir en tissu par le mouchoir en papier : faites quelque chose pour rendre les robinets étanches sans devoir faire appel à cette petite rondelle ridicule et infidèle mais dont nous sommes tous si dépendants !
Que dites-vous ? Que ce serait retirer le pain de la bouche des plombiers ? Ah ! Si la rondelle a un rôle social, je n’ai plus rien à dire.
NB Je n’ai aucun don pour le bricolage.
Illustration Nicolas Poussin : « Le déluge »