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Ce matin, j’ai mal à ma justice. 300 ouvriers du Nord, à bout de souffle, incapables de monter un étage, toussant, crachant, les plèvres calcifiées ou cancéreuses, attendent l’huissier qui leur demandera de rendre les quelques milliers d’euros réclamés par le fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante, somme qui leur avaient été légalement accordée, il y a des années, comme complément pour préjudice fonctionnel. Telle est la décision du 27 octobre 2011 de la Cour d’Appel de Douai. Ce misérable pécule, qu’ils sont pour la plupart incapables de rendre, représente parfois la moitié de leur indemnité totale, généreusement accordée pour une vie d’invalide amputée de dix ans. Ces ouvriers ont respiré des poussières d’amiante à plein poumon pendant des décennies, alors que l’on connaissait leur toxicité dès le début du XXème siècle. L’asbestose n’est devenue maladie professionnelle en France qu’en 1945 et les mesures de protection n’ont été prises, avec retard par rapport aux autres pays, qu’à la fin du siècle. Pour les besoins de l’industrie, ces ouvriers ont été sciemment intoxiqués. Alors, ce matin, j’ai mal à ma justice. |