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Il n’y a pas que les rats qui grignotent

En septembre 2012 j’avais rapporté dans mes chroniques médicales les résultats d’un travail du Pr Séralini sur la toxicité présumée d’un OGM, le maïs NK 603 vendu par Monsanto : « 118. Les OGM, graines de discorde », article que je reproduis ci-dessous en italique. Or cette étude n’a plus d’existence scientifique car l’article qui publiait ses résultats dans « Food and Chemical Toxicology » doit disparaître des colonnes de la revue, son rédacteur en chef venant de décider de la « rétracter ». L’article du Pr Séralini avait été soumis à la procédure habituelle de sélection et son retrait n’est pas motivé par la découverte d’une fraude après publication, mais par des critiques de méthodologie (nombre et race des rats soumis à l’expérience) soulevées a posteriori par l’étude et la rendant subitement contestable (voir mon billet). A la suite de sa parution il paraissait nécessaire de confirmer ou d’infirmer les résultats par d’autres expérimentations indépendantes.

L’Agence européenne en charge de la sécurité alimentaire avait déjà défini le cadre des futures études et cinq millions d’euros avaient été dégagés sur les fonds publics pour les réaliser. Qu’en sera-t-il à présent ?

Quelles que les soient les critiques méthodologiques que l’on puisse faire à une étude et celles-ci ne manquent jamais à chaque parution de n’importe quelle étude, on comprend difficilement que celle de Séralini, d’abord acceptée par la revue, soit retirée, alors que bien d’autres études mériteraient de l’être dans d’autres domaines. On peut se permettre d’avancer que celle de Seralini devait gêner beaucoup de monde. Si les résultats d’une étude ne sont pas valables, il suffit de démontrer le contraire. Mais faire disparaître l’objet du débat n’a rien de scientifique.

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Le professeur Gilles-Eric Séralini de l’université de Caen a publié le 19/09/12 dans la revue américaine « Food and Chemical Toxicology » une étude qui fait grand bruit sur la toxicité d’un OGM, le maïs NK 603 (associé ou non à l’absorption de Roundup, la modification génétique du maïs étant destinée à le tolérer).

Cette étude sur 200 rats s’est faite dans le plus grand secret, l’équipe de Caen connaissant la puissance des multinationales productrices des semences génétiquement modifiées, largement utilisées dans le monde et depuis de nombreuses années sans qu’apparaisse – jusqu’à présent – de catastrophe sanitaire, mais avec l’inconvénient pour les agriculteurs de devoir dépendre des industriels.

Le Pr Sérilini a observé avec effroi l’apparition de multiples tumeurs (plutôt chez les femelles) et une atteinte du foie et des reins (plutôt chez les mâles) et le décès prématuré des animaux ayant absorbé le maïs NK 603, anomalies nettement plus fréquentes par rapport à ceux qui n’en avaient pas absorbé, la différence étant plus nette encore pour ceux qui avaient également absorbé du Roundup dilué. L’étude a été faite sur deux ans et les anomalies n’apparaissent qu’après trois mois, les études de toxicité des industriels, eux, n’ont pas dépassé cette dernière durée.

Les résultats de l’étude ont été largement médiatisés,avant tout débat scientifique, avec la publication de photos impressionnantes de rats déformés par les tumeurs. Les critiques n’ont pas manqué de fuser sur la méthodologie suivie : choix de la race de rats (sujette aux tumeurs), nombre de rats étudiés, régime suivi en dehors du maïs etc…Mais également sur Séralini lui-même, opposé aux OGM et les sponsors de l’étude qui sont du même côté. Mais Séralini aurait-il obtenu de l’argent de la part des pro-OGM ? Bien entendu il serait plus que souhaitable que ces études soient réalisées par des scientifiques indépendants, sans idée préconçue, et avec des crédits publics, mais il faut souligner qu’en France c’est plutôt difficile : n’a-t-on pas récemment détruit une culture de plantes OGM alors qu’elle était destinée à évaluer les inconvénients des OGM ? Attitude purement idéologique qui ne recherche aucunement à établir la vérité sur des bases scientifiques.

La question est pourtant capitale de savoir si oui ou non les OGM sont nuisibles pour la santé. Une seule étude ne suffit pas, d’autres devraient être faites indépendamment de celles des industriels dont l’intérêt est évident et de façon prolongée comme l’a fait l’équipe de Séralini. Il faut cependant remarquer que rien n’a été observé malgré la large utilisation des OGM dans le monde, que nous absorbons depuis longtemps des plantes hybrides sans inconvénient, à moins d’admettre qu’une manipulation génétique artificielle est par définition toxique, alors qu’une manipulation génétique naturelle ne l’est pas.

Reste à savoir pourquoi les OGM seraient toxiques. Bien entendu, l’ADN des plantes modifiées est entièrement détruit par l’intestin, il est donc impossible qu’un gène de cet ADN puisse s’incorporer à l’ADN des cellules des animaux et des humains et modifier leur comportement en provoquant, par exemple, des tumeurs. L’hypothèse de Séralini est que l’enzyme produite en grande quantité permettant au maïs NK 603 de tolérer le Roundup perturberait le métabolisme des cellules du maïs aux dépens de composés protecteurs. Mais il faudrait admettre que cette enzyme n’est pas détruite par l’intestin, et que si elle traverse la barrière intestinale, elle ait le même effet dans la cellule animale que celui qu’elle a dans la cellule des plantes. On voit que cette étude, aussi impressionnante soit-elle, ne clôt pas le débat.

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D
Je partage aussi ce point de vue. Pas faire n'importe quoi, mais faire.
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O
Je me permets d'intervenir à nouveau dans ce débat de bon aloi pour dire une conviction intime (que je ne suis pas le seul à partager cependant) :  depuis le début de l'humanité, les peules qui perdent la maîtrise des techniques, de la recherche et de la science sont tôt ou tard dominés par ceux qui les possèdent. <br /> Certes, on peut prendre des précautions et être sélectif dans les applications pratiques. Mais abandonner purement et simplement la recherche sur le clonage et les OGM, par exemple, comme le proposent nombre d'écologistes, alors même que la Chine, la Corée du Sud et d'autres avancent dans ces domaines, c'est, à la vitesse où vont les choses,  forcer nos enfants à aller dans 30 ans en Asie pour se faire soigner ou pour acheter des brevets et condamner nos petits-enfants à admirer de loin des pays florissants et rêver aller y vivre (à l'inverse de ce qui se fait aujourd'hui).
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D
Le porte-parole de Monsanto est un imbécile. Ce qu'il faut démontrer est que l'ingestion par les animaux de ces plantes modifiées est nocive et par quel mécanisme. Ces plantes modifiées sont largement utilisées et depuis assez longtemps dans une grande partie du monde sans que l'on ait pu - jusqu'à présent - déceler des effets sur la santé des animaux (hormis les insectes) et des hommes.
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P
Une hybridation ou une greffe est une manipulation du vivant, certes. Comme le croisement du baudet et de la jument pour obtenir le mulet. Les OGM en question vont plus loin et se soucient de l'objectif:fabrication d'un insecticide ou résistance à un herbicide (lui-même pas anodin) sans vraiment évaluer les conséquences (surtout à long terme) et le tout soutenu par une propagande biaisée. J'ai vu dans un reportage télévisé un porte-parole de Monsanto "prouver" l'innocuité du MO810 en croquant un grain de maïs devant la caméra et affirmer: "Vous voyez, je me porte bien". Dans le même ordre d'idée un  cigarettier pourrait fumer une cigarette et prouver qu'on en meurt pas.
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D
Toute l'agriculture est basée sur la manipulation génétique du vivant et elle est également utilisée en médecine. La manipulation génétique en soi n'est pas un problème mais il faut en déterminer les conséquences. Les biais critiquables introduits dans l'étude de Séralini risquent d'aller à l'encontre de sa cause et il est indispensable de promouvoir des études sans a priori et indépendantes : recueillir les effets ou l'absence d'effets d'un produit sans chercher à en démontrer la toxicité ou l'innocuité.
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P
L'a priori anti-OGM de Seralini n'est pas la preuve que son étude est faussée. Bien des études commencent par des hypothèse. Elles visent à prouver quelque chose. C'est par exemple le cas des études portant sur la plupart des cosmétiques, études qui ont plus pour but de prouver innocuité des produits que les bienfaits qu'ils peuvent apporter. Lui voulait démontrer la toxicité du maïs OGM. On peut constater que le lobby Monsanto est bien plus puissant que ce chercheur<br /> Peut-on supposer que les OGM ne sont pas toxiques en soi (en tant que manipulation du vivant, une position idéologique) mais parce que les uns sécrètent leur propre insecticide (vraiment inoffensif pour l'être humain? mais pas pour les insectes pollinisateurs en tous cas) et que les autres résistent aux pesticides (mais les consommateurs résistent-ils aussi bien?).<br /> Quand aux animaux OGM (le Canada envisage d'autoriser la production de saumon OGM à croissance rapide, du "Frankenfish", disent les opposants),  c'est une autre affaire. On se retrouve dans le cas de la manipulation du vivant. Terrain dangereux. Où fixer les limites?
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D
Oui, cette étude a été faite dans une ambiance anti-OGM partisane. Même si elle est critiquable sur le plan méthodologique, elle existe et elle a été acceptée par la revue. La supprimer des annales alors qu'il n'y a eu aucune fraude décelée n'est pas une démarche scientifique. Les études dont on démontre par la suite l'absence de valeur disparaissent de la mémoire scientifique, sauf pour s'en amuser comme des exemples à ne pas suivre.
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O
J'avais retenu à l'époque que l'étude de Séralini était celle d'un opposant de principe aux OGM qui avait quasiment déjà en tête les conclusions de son étude avant même de la commencer.  Il avait d'ailleurs refusé  dans un premier temps de communiquer sa méthodologie, ce qui prouve qu'il savait bien que son travail était contestable. Donc, a priori il fait partie de la catégorie des fanatiques, catégorie que je n'aime pas.<br /> Est-ce que la méthode qui consiste, comme dans l'antiquité,  à "effacer son nom et son souvenir de la mémoire des hommes" est la bonne ? je serais tenté de dire non. <br /> Ceci dit, je me dis que dans quelque années quand on aura oublié la polémique sur sa méthodologie, il y aura bien un autre fanatique qui reprendra les conclusions en ajoutant "comme le montre une étude publiée dans Food and Chemical Toxicology ..."<br /> Et c'est peut-être ce qu'ont voulu éviter les responsables de cette revue. Je dis bien peut-être,  je n'en sais rien. 
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