Dans une interview
de l’écrivain Philip Roth, à la question du journaliste : « qu’est-ce qu’écrire ? » Philip Roth a répondu : « La chose la
plus difficile qui soit. Briser le silence par les mots et les mots par du silence. » (Le Point du 27/09/12). Je reste silencieux sur le dernier membre de la phrase, mais j’avoue avoir
été irrité par ce : [écrire serait] « la chose la plus difficile qui soit ». Il me semble qu’il y a bien d’autres choses plus difficiles que d’écrire, par exemple, pour aller à
l’extrême : résister à la torture pour ne pas dénoncer ses compagnons. Les écrivains prennent parfois des postures de crucifié, à croire qu’ils écrivent avec leur sang dans un effort
surhumain, et que l’humanité devrait s’incliner devant un tel sacrifice (que personne ne leur demande). Mais certains écrivains ne sont pas les seuls à prendre ces postures ridicules. J’ai
entendu des acteurs, des comédiens ou des chanteurs parler avec émotion de leurs soi-disant déchirures, sans doute pour donner plus d’épaisseur à leur activité distrayante. Heureusement que la
plupart des artistes aiment ce qu’ils font et sont heureux de le faire, mais ceux qui se font passer pour des victimes de leur propre art m’horripilent.
Manet : « Le tragédien »