Dans la blogosphère, pour être populaire il vaut mieux être dans l’excès. Il est vrai qu’une position moyenne n’a rien de sexy, d’autant plus qu’une telle position a des relents macroniens, et le moins que l’on puisse dire est que notre président n’est pas en odeur de sainteté. C’est qu’il n’est pas aisé de distinguer une position moyenne d’une position insaisissable car fuyante d’un bord à l’autre.
Le sujet le plus sensible et le plus clivant est sans doute celui de l’immigration. Si votre blog défend l’ouverture humanitaire des frontières ou leur fermeture nationaliste, vous aurez du succès dans l’un ou l’autre cas en suivant le proverbe de Musset : « il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée ». Une porte entrouverte n’est guère prisée. Il est vrai qu’une porte à demi ouverte ou à demi-fermée va contre la nature d’une porte. Ce qu’Alfred, dans sa sagesse, avait bien vu, car si on laisse une porte entrouverte, à quoi sert-elle ? Le moindre coup de vent l’ouvre ou la ferme.
Là, vous vous rendez compte de la difficulté de tenir une position moyenne. Ce qui peut consoler est que les positions extrêmes sont aussi intenables. Si vous voulez que la porte soit toujours ouverte, tous les malheureux de tous les pays, et ils sont nombreux, vont se précipiter dans l’hexagone, ne serait-ce que pour le traverser afin d'aller en Grande-Bretagne. La francophonie nous réservant les anciens colonisés de l’Union française, qui estiment peut-être que c’est chacun son tour, à moins qu’il s’agisse d’une preuve d’amour qui les pousse à nous rejoindre avec le reproche de les avoir quittés.
L’autre alternative qui consiste à maintenir la porte fermée, au besoin en la calant avec les meubles qui nous restent, laisse l’accès des fenêtres qu’il faudrait murer. Mais si personne ne peut entrer chez nous qui fera notre pain ? Qui travaillera dans les cuisines ? Qui sera sur nos échafaudages ? Qui creusera des trous dans nos villes ? Le Français n’a pas le temps de se livrer à ces bas travaux, tout occupé à geindre, à protester contre tout, parfois à casser ce qu’il devra rembourser d’une façon ou d’une autre, dans un des pays les moins inégalitaires du globe, où les aides sont parmi les plus importantes au prix d’une dette abyssale qui finira par nous engloutir. Ce qui finira par dissuader les immigrés de venir.
Voilà la solution : continuons à creuser la dette.
Illustration : fresque de Basquiat et Warhol "Masques africains"