La femme dresse son long corps frêle,
La chevelure rousse comme une crinière de lion
Mange son visage amaigri, d’une pâleur mortelle.
Elle nous regarde de ses grands yeux ronds.
Un regard de surprise et de mélancolie,
Elle voit son corps mince et fragile déformé
Par cette protubérance qui sans cesse grossit
Et que son ventre distendu parvient à supporter.
Cet œuf étranger fait partie d’elle-même,
Il se nourrit de son corps malgré son vouloir,
Mais déjà, sans le connaître, elle l’aime.
Sans elle, il ne serait qu’un espoir.
Un corps noir comme un têtard géant
S’enroule autour de la belle dénudée.
Les dorures d’une draperie à ses flancs,
Son pubis roux sur voile céleste étoilé.
Elle se croit seule la femme innocente.
Pourtant, derrière, elle est surveillée
Par des faces d’homme inquiétantes,
Expriment–elles l’envie ou l’hostilité ?
Ces mâles attendent-ils l’enfant à naître ?
Voudront-ils de suite l’emporter ?
Pour en faire un soldat peut-être.
Sur elle, un crâne de squelette est penché.
Que la femme ne se fasse pas d’illusion :
L’enfant qu’elle porte sera peut-être mort-né,
Ou naîtra pour mourir de toute façon.
Gustav Klimt "Espérance"
Paul Obraska