L’embêtant avec des élections est
qu’on peut les perdre, aussi chaque pouvoir a une interprétation qui lui est propre des résultats d’un scrutin ou même de l’intérêt d’être élu ou non. Les modes d’emploi en sont très
divers :
1) Ne jamais organiser d’élections populaires en considérant que le pouvoir sait mieux que le peuple ce qui est bon pour lui.
2) Organiser des élections avec un seul candidat en lice, celui du pouvoir, considérant que le pouvoir est par définition l’émanation du peuple.
3) Organiser des élections comme on joue à la roulette, le pouvoir espérant être conforté par le peuple et apparaître aux yeux du monde comme un régime démocratique. Qu’à cela ne tienne, s’il les perd, il les annule ou se proclame vainqueur d’une façon ou d’une autre : fraudes réelles, imaginaires ou provoquées, accusation d’une intervention étrangère, décision d’un conseil quelconque tenu par le pouvoir ou autre argutie. Cette façon d’agir tient de la légitime défense, car si l’opposition arrive au pouvoir et à ses avantages, elle risque fort de faire payer au vaincu ses actions passées.
4) Respecter les résultats des élections, le pouvoir ayant fait ce qu’il peut pour le garder en jouant sur le mode électoral et le découpage des circonscriptions. C’est le mode d’emploi des régimes démocratiques, ce qui ne veut pas dire que ce respect des résultats d’un scrutin s’applique automatiquement aux résultats d’un référendum dont on peut ne pas tenir compte ou faire revoter pour obtenir le bon résultat. Ce qui ne veut pas dire que l’opinion d’un député élu du peuple, mais au sein du parti au pouvoir, ait une influence puisqu’il doit se soumettre au pouvoir s’il veut obtenir l’investiture pour être réélu, sa réélection étant le moteur principal de son action.
5) Opter pour des élections justes avec une représentation proportionnelle à l’image de toutes les tendances d’un peuple, ce qui aboutit à un gouvernement injuste où ce sont les tendances les plus faibles qui ont le plus d’influence par le jeu des alliances nécessaires pour gouverner.
Illustration : John Sloan "Nuit d'élection"