Je suis soulagé. Vous me direz, comment peut-on être soulagé par les temps qui volent, par les candidats à la présidentielle qui courent d’une usine à l’autre avant leur fermeture, par ceux qui poursuivent la Pucelle pour se refaire une virginité, par celui qui après cinq ans continue à claudiquer énergiquement en restant immobile, en promettant ce qu’il avait eu largement le temps de faire, par celui qui promet de moins en moins et qui espère qu’on lui signera un chèque en blanc, alors que nous sommes interdits de chéquier.
Je suis soulagé car Vincent Bolloré, un des hommes les plus riches de France, deviendra encore un peu plus riche en ne payant aucune taxe sur une plus-value de plusieurs centaine de millions d’euros réalisée en revendant deux chaînes TV (Direct 8 et Direct Star) dont les licences TNT avaient été obtenues gratis par décision du CSA. C’est d’autant plus miraculeux que les sénateurs, mauvais coucheurs, avaient voté un amendement qui prétendait lui faire payer une taxe vertigineuse de 5% sur la transaction (une vingtaine millions).
Le miracle a eu lieu à l’Assemblée où Bercy (que notre superbe ministre de l’Economie à la voix grave et au cerveau léger en soit remercié) a tripatouillé le texte de l’amendement et supprimé au passage sa base légale (en retirant au CSA le pouvoir d’agréer tout changement dans le capital d’une chaîne de la TNT), de sorte que le texte a été logiquement censuré par le Conseil constitutionnel.
C’est beau à en pleurer ! Et n’allez surtout pas penser que l’amitié de Mr Bolloré avec notre Président crépusculaire, au point de l’avoir mené en bateau, a quelque chose à voir avec ce remarquable geste désintéressé de la part de l’Etat, dans un pays où l’abondance est telle que les gens sont invités à donner un peu plus de TVA pour faire du « social » et à attendre trente ans (au lieu de quinze) pour vendre leur bien sans être taxés.