25 Novembre 2018
On peut se demander si aujourd’hui le droit de manifester n’est pas devenu un droit obsolète.
A une époque où l’opinion publique ne pouvait s’exprimer qu’à travers les journaux ou le parlement, ce droit à s’exprimer dans la rue était un corollaire nécessaire à la vie démocratique, d’autant plus que les journaux, eux-mêmes orientés, peuvent aisément manipuler l’opinion, et que le parlement n’est jamais vraiment représentatif de la population en l’absence d’une élection à la proportionnelle intégrale, ce qui donne d’ailleurs une importance excessive aux formations élues par des minorités.
Aujourd’hui l’opinion publique a de nombreuses possibilités de s’exprimer. Des sondages avec des questions précises, sans ambiguïté et une méthodologie rigoureuse en donnent déjà un bon aperçu. Les réseaux sociaux et les pétitions constituent d’autres angles d’évaluation, et internet permet d’imaginer d’autres modalités d’expression de l’opinion publique qui pourraient même être organisées officiellement.
Mais voilà, il y a les chiffres et les êtres. Un million de signatures ont un impact bien plus faible qu’un million d’êtres humains qui prennent la peine de descendre dans la rue, d’autant plus qu’aujourd’hui ce n’est pas sans risques.
Car il est devenu impossible de manifester en France quand il s’agit d’un problème économico-politique. Seules certaines manifestations sociétales, celles qui font consensus, se déroulent sans heurts. Les autres sont l’occasion pour des voyous estampillés d'extrême gauche ou d'extrême droite d’exprimer, non pas une opinion, mais une violence ou une volonté de pillage.
Il fut un temps où chaque manifestation était encadrée et balisée et le plus souvent pacifique, la violence ne s’exprimant que dans les slogans. A présent on ne peut plus défiler dans les rues où le parcours est devenu systématiquement destructeur, surtout si les manifestants suivent l’itinéraire de leur choix.
S’il s’agit de manifester en nombre pour exprimer une opinion, il n’est aucunement nécessaire de défiler pour mettre les magasins et le mobilier urbain du parcours à la disposition des voyous. Une masse populaire sur une esplanade serait même plus impressionnante qu’un défilé clairsemé dont l’importance est à chaque fois évaluée de façon discutable.
Mais le nombre pour une manifestation n'est pas suffisant pour être efficace, il est nécessaire qu'elle soit nuisible.