GYROPHARES
Gyrophares, gyrophares
Leurs lumières valsent dans le soir
Un homme au teint blafard
Est étendu sur le trottoir
Sur le bitume il y a peu de sang
Quand on est battu à mort
On saigne plutôt en dedans
La foule regarde de loin le corps
Se presse pour mieux voir
Tente de s’approcher encore
L’homme passait là par hasard
Il rentrait chez lui par un détour
Il s’était mis un peu en retard
En prenant du pain au carrefour
C’est un noir battu par des blancs
Ou un blanc battu par des noirs
Blanc ou noir peu importe la couleur
L’essentiel est de taper à plusieurs
Les gyrophares éclairent en tournant
Les badauds massés sur le trottoir
Les flashes de lumière en dansant
Révèlent les visages avides de voir
Un peu déçus par l’absence de sang
Ce n’est finalement qu’un corps
Et sans les gyrophares bleus et blancs
On pourrait penser que l’homme dort
L’homme n’avait à offrir aux assassins
Qu’une misérable miche de pain
Alors pourquoi l’a-t-on battu à mort ?
Parce qu’il était noir, parce qu’il était blanc ?
Personne ne sait quel fut son tort
Les assassins pas plus que les passants
Paul Obraska
Edward Munch « Soir sur Karl Johan »